Ed CALDERON, policier à Tijuana au Mexique

J’ai découvert Ed Calderon sur facebook, grâce au fameux Don Rearic, et en suivant les retours d’expériences qu’il relate très régulièrement sur son compte et parfois sur son blog Ed’s Manifesto, j’ai adoré son pragmatisme. Alors, une fois qu’il était en planque dans une voiture et qu’il s’ennuyait, il a posté sur son facebook un « si vous avez des questions, je serai heureux d’y répondre » et de là était né le billet sur la sécu perso pour les enfants. Puis j’ai contacté Ed pour lui poser quelques questions afin que les lecteurs de Protegor puisse mieux le découvrir, apprendre à le connaître et profiter des retex d’un policier d’une des villes chaudes du Mexique, à la frontière américaine : Tijuana.

La version originale, en anglais, de l’interview est disponible ici.

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PROTEGOR: Ed, pourriez-vous vous présenter aux lecteurs de Protegor ?

Ed Calderón : Je m’appelle Ed Calderón. Je suis né et j’ai été élevé à Tijuana México, où j’ai passé une bonne partie de mon enfance à avoir des ennuis. Puis j’ai un peu voyagé au Mexique et aux Etats-Unis.

Plus tard dans ma vie, j’ai décidé de donner mon énergie à des choses plus productives. Je me suis donc engagé dans un programme gouvernemental, qui recrutait des profils avec des compétences linguistiques, pour des rôles dans les forces de l’ordre.

J’ai alors passé quelques années comme membre d’un groupe opérationnel sur la zone Nord-Ouest de la frontière du Mexique, à travailler contre les réseaux de narcotiques (stupéfiants), et en protection rapprochée à haut risque / anti-kidnapping de quelques officiels du gouvernement impliqués dans la guerre contre la drogue. J’ai utilisé cette expérience et l’entraînement associé pour aider à préparer ceux qui réalisaient des missions similaires, dans des contextes qui ne permettent aucun loupé. Le champ des compétences nécessaires pour ces métiers évolue et va des armes improvisées, à l’escapologie (art de fuir), en passant par l’anti-détention (« counter custody ») et des techniques spécialisées pour se libérer. J’ai trouvé que le « Libre Fighting Systems » était un bon point de départ pour mes recherches et pour les bases de ma méthode.

Désormais, je donne des stages et entraînements spécifiques pour se libérer d’une séquestration, sur les armes improvisées, et un ensemble de techniques « non conventionnelles » à mains nues et avec armes blanches, ici au Mexique ainsi qu’aux Etats-Unis [NDLR : le dernier stage était organisé en Juin 2015 par TAD Gear en Californie].

PROTEGOR: Tijuana a l’image d’une ville avec peu de sécurité. Que pensez-vous de ce cliché ?

Ed Calderón : Pendant un temps, c’était la ville la plus dangereuse du monde, quand deux cartels étaient en guerre pour prendre le pouvoir de la plus grosse route de la drogue pour les Etats-Unis. En 2008, Tijuana était une zone de guerre avec des combats à l’arme à feu, des kidnappings, et une corruption rampante.

C’est beaucoup mieux maintenant, depuis quelques années, la plus grande violence est désormais reléguée à des guerres internes dans les cartels encore présents. En toute honnêteté, je serai plus inquiet à marcher la nuit à Chicago qu’à Tijuana.

PROTEGOR: Si un étranger prévoir d’aller à Tijuana, quels conseils de sécurité lui donneriez-vous ?

Ed Calderón : Connaître les spécificités d’un endroit. Il y a des criminels actifs dans la ville. C’est une bonne idée de se préparer en se renseignant sur comment ils opèrent, et comment les identifier.

Il faut aussi avoir un plan de retrait en cas où ça aille vraiment mal. Avoir un moyen rapide de rejoindre la frontière ou l’aéroport.

Noter et envoyer à au moins 2 amis dans votre pays, tous les numéros de taxis pris, les numéros de chambres d’hôtels où vous êtes descendus, et le plan de voyage, de telle sorte qu’ils puissent suivre votre trace si les choses tournaient mal.

PROTEGOR: Comment structurez-vous vos cours de sécurité personnelle ?

Ed Calderón : Mes cours sont immersifs. Mes étudiants vivent des scénarios de kidnapping, à la fois de la perspective de la victime mais aussi du kidnappeur. Ainsi, ils apprennent les erreurs que certains criminels commettent, et les opportunités que cela crée pour s’échapper dans certains cas.

En général, je leur mets beaucoup la pression, et garde cette pression constante.

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PROTEGOR: En termes d’état d’esprit à avoir en cas d’agression, quel est votre avis ?

Ed Calderón : Continuer à respirer. Certains disent de rester calme & relaxé. Moi je dirais le contraire. Utilisez vos insctincts de survie à leur potentiel maximal, ne pas laisser l’autre entrer dans vos émotions, gérer pour garder sa respiration malgré la douleur et le stress, et combattre.

Il faut agir avec intention. Une intention de pure violence.

PROTEGOR: En termes d’accessoires de défense, en fonction du pays de chacun bien sûr, quels équipements conseillez-vous comme EDC (every-day carry) ?

Ed Calderón :

– Un smartphone de qualité (avec un bon appareil photo, un GPS, et des applications comme TextSecure)
– Un briquet (on peut enflammer un adversaire dans un combat au sol, ou bien couper des cordes/liens, ou tout simplement démarrer une conversation avec un fumeur)
– Un couteau (petit et discret, avec le look le plus neutre possible)
– Et dans les pays où il est possible de se faire séquestrer sans raison, un « Trinity Bundle » : une clé de menotte, un outil de crochetage et un fil de diamant

[NDLR : quelques exemples d’outils de crochetage sur le blog de Ed]

PROTEGOR: Bientôt en France ?

Ed Calderón : Je suis toujours partant si un groupe avec le bon esprit me propose.

Merci !

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