La sécurité dans les catacombes parisiennes

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Les catacombes. Des galeries sous-terrainnes historiques en pleine ville. A Paris, ce sont plus de 300 kilomètres de réseaux. Interdits, sauf une partie microscopique qui est ouverte au public, conservée et qui présente un ossuaire. Dans les catacombes interdites, il y a des cataphiles, ces passionnés et connaisseurs de ce grand labyrinthe à plus de 20 mètres sous les chaussées de Paname. Un autre monde. Un monde de fêtes, d’aventures et d’interdits. De drogues parfois aussi. Les cata sont propres grâce à des opérations « cataclean » gérées par les passionnés. Les cataphiles amènent parfois des potes à la découverte de ce monde mystérieux ; ce sont des « touristes », reconnaissables par une tenue souvent inadéquate (l’habit peut faire plus ou moins le moine).

Pourquoi parler des catacombes sur un site de sécurité personnelle. Souvenez-vous quand vous avez lu Protegor (quoi, vous êtes sur le blog et vous ne l’avez pas lu ? zou, dehors, je veux plus vous voir), dans l’introduction, j’explique l’importance de ne pas tomber dans la paranoïa quand on s’intéresse à la sécurité, et que tout est question d’équilibre entre paranoïa & inconscience, entre « protegor ergo sum » & « carpe diem ». Autrement dit, chacun vit sa sécurité et choisit ce qu’il fait en ayant conscience des risques qu’il peut prendre (et en connaissance des solutions pour réduire ses risques) — l’erreur étant de ne pas anticiper / évaluer en amont les risques.

Aller dans les catacombes (non officielles) est interdit & dangereux. Je ne le recommande pas ici. Mais certains y vont. J’y suis allé. Je l’ai fait car j’avais confiance dans la personne qui m’a proposé. Et il faut être bien accompagné :
– absence totale de lumière, j’ai testé le noir complet, total ; et le silence total aussi. Les claustrophobes ou autres xxx-phobes peuvent stresser
– véritable dédale de couloirs, les distances sont longues, le rythme de marche souvent effréné (musique à fond), au bout de 2 minutes sans plan on est perdu (même quand on a un bon sens de l’orientation)
– zones inondées ; certains couloirs ont 50-80 cm d’eau, il faut être prêt à se mouiller (ou être équipé pour — voir plus bas)

S’il vous arrive quelque chose dans les catacombes non-officielles, je ne sais pas comment les secours peuvent venir… ce sera très long et compliqué. Donc on ne s’aventure pas seul ni mal accompagné dans un tel endroit. Ni sans matos (of course) — voir plus bas.

Pourquoi y aller ? Pour le kif, pour l’aventure unique, pour connaître sa ville, pour aller faire la fête avec des potes, pour voir si l’endroit serait utile en cas de situation extrême, etc.
Pourquoi ne pas y aller ? Car c’est interdit, car c’est un peu risqué (échelles, sol glissant, plafond bas, secours éloignés…), car on croise des inconnus parfois éméchés, etc.

Si certains ont l’occasion d’y aller un jour, que ce soit à Paris ou bien dans une autre ville, j’ai voulu rassembler quelques conseils (certains prodigués par les copains qui m’y ont amené, d’autres que j’ai découvert sur place) :

  • Apparemment, il n’y a pas ou rarement d’agressions dans les catacombes, un plutôt bon esprit (parfois toutefois pouvant dévier quand il y a des fêtes, des personnes alcoolisées ou droguées) ; pas vu de couteau, ni d’armes à feu (ou autres armes), et les cataphiles interrogés m’ont dit n’en avoir jamais vu ; comme dehors, la règle d’une bonne conduite s’applique, on salue les inconnus que l’on croise, et quand on tombe sur une personne saoule ou visiblement pas bien, on fait attention (aussi bien à lui qu’à soi) ; en préparation, on fait comme partout, on prend un FAK (first aid kit), avec un pansement hémostatique, un garrot, des gants nitriles, et de quoi faire un peu de bobologie (pansements, elastoplaste, collyre pour rincer un oeil…) et on s’est formé à utiliser cela (ici)
  • L’arme des catacombes c’est le fumigène ; quand certaines personnes ont envie de déloger un groupe qui s’accapare une « salle » (il y a des couloirs et des « salles »), il arrive qu’elles balancent un fumigène… rien à faire, il faut alors fuir (à ce stade, je ne conseille pas de masque à gaz… mais je n’ai pas eu à faire à un fumigène)
  • La température est stable sous terre, il doit faire dans les 15° et vu qu’on marche beaucoup, on transpire pas mal et on a trop chaud… prévoyez toutefois un sweat-shirt (ou un Arcteryx Atom, le mieux que j’ai jamais eu) dans votre sac pour quand vous vous arrêtez et que votre transpiration se transforme en couche humide fraîche
  • Comme dit plus haut, il y a des passages avec de l’eau qui arrive à mi-cuisse, donc 3 options possibles :
    • En short et petites chaussures qui sèchent rapidement
    • En pantalon qui craint rien et chaussures qui sèchent rapidement
    • En cuissardes (modèle noir mi-SM mi-tactiques ici :D)
      … dans tous les cas, évitez la tentation extrême que l’on peut avoir d’y aller avec des bonnes bottes Oakley, Bates, Lowa… ou autre… elles se rempliraient et ça ferait « floc-floc » pendant des heures, une horreur
  • Des gants peuvent être utiles, car on passe parfois par des échelles, dont les barreaux sont pleins de ce que les chaussures des personnes précédentes ont pu piétiner… au pire, si vous avez oublié vos gants, prenez les gants nitriles de votre FAK (ça m’a permis de garder les mains propres)
  • Parfois le plafond est bas, une casquette ou un hoodie avec capuche peut être utile (ça m’a permis de ressortir ça)
  • Le module matos le plus important et absolument indispensable (s’il n’y en avait qu’un, ce serait celui-là) c’est la lumière :
    • La lampe frontale est top, utilisée par la majorité des cataphiles ; Petzl fait du bon matos, moi j’ai une Streamlight ; son inconvénient est que l’on a tendance à éclairer les gens en pleine figure ce qui est peu poli ^^
    • Une bonne lampe « tactique » avec un clip (type Streamlight, Fenix ou Surefire), glissée verticalement (dirigée vers le bas) sur le serrage poitrine de mon sac a été une option qui m’a bien servi aussi
    • Bon, moi j’avais quelques autres bricoles qui éclairent au cas où (eg un nano, un briquet & une bougie dans le sac), et des piles de rechange — j’en avais un peu trop pris, mais si on est perdu, c’est vraiment le noir complet
    • Le smartphone chargé à fond, que l’on laissera dans un ziploc pendant la descente et les moments « sport »
  • Un plan (non public)
  • Et dans votre sac à dos (les vrais le prennent étanches, pour cela je vous conseille d’aller voir le spécialiste du sac étanche hPa), le vêtement cité plus haut, une bouteille d’eau, quelques barres chocolatés au cas où il faille attendre ou que ça prenne plus de temps que prévu ; si vous prenez un sac fétiche, recouvrez-le d’un protège-sac, qui ressortira plein de terre (ce ne sont pas des anciennes carrières pour rien)

Je rajouterai les prochaines idées au fur et à mesure dans l’article pour compléter et qu’il soit utile dans le temps.

Catagor !

Merci S.

Commentaire

  1. EvilEmile

    11 mai 2018 at 9:55

    Ma plus grande crainte était le chaud/froid entre la marche et le statique, donc petite laine indispensable au repos. Le bonnet m’a sauvé plusieurs fois à l’approche de linteaux. La claustrophobie soudaine lors de passages de chatières, ça prévient pas forcément et l’idée de ne pas pouvoir faire demi-tour est un problème réel. Se faire à l’idée qu’on peut rester en-dessous plus longtemps que prévu. Attention lors des trajets par échelles, appliquer les règles de base car 20m, ça fait haut. Attention aux trappes bloquées. Quand on est à 20m de haut sur une échelle et que l’on ne peut pas sortir, c’est un problème.
    Pas de bobos à prévoir, vu que c’est très exigu, les ténèbres empêchent de faire le zouave et le silence n’incite pas à l’exubérance.
    Bon, faut être jeune pour ça…
    L’intérêt stratégique est nul: c’est un circuit fermé, largement insalubre pour les séjours prolongés et l’idée de trimballer une arme est totalement saugrenu. Bref, à oublier en cas de conflit en tant que civil.
    Le site est interdit, pas pour des raisons de sécurité car le danger est vraiment minime, mais il a été largement été utilisé par les mouvements insurrectionnels (cf. la résistance). D’ailleurs le réseau souterrain de la mairie du 14 ème présente des fresques d’époque. Ca c’est pour le coin culture.

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