Saint-Martin, c’est ça le survivalisme…

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Les preppers sont des paranos ?

Le survivalisme est un sujet à la mode et largement moqué par les médias (on se souvient de nombreux articles olé olé sur le sujet). Dans Le Crieur récemment, le sujet était abordé avec un angle intéressant, celui des « grands de ce monde », notamment les millionnaires de la région de la baie de San Francisco (patrons de start-ups qui ont marché) qui investissent à titre personnel dans des solutions de replis en cas d’urgence, des maisons en Nouvelle Zélande, etc. Leur motivation semble toutefois plus décrite dans l’article comme étant le soulèvement populaire que les catastrophes naturelles (quoique ya de beaux séismes en Californie…).

Depuis des années, le sujet intéresse (car encore une fois, on touche un des besoins fondamental de l’Homme, sa sécurité) mais fait souvent sourire pour plusieurs raisons :

  • les cas de situations extrêmes sont rares, donc pourquoi dépenser de l’argent et se former pour des cas à la probabilité si basse
  • et même si ça arrive, le fameux « ça ne m’arrivera pas à moi » reste un sentiment très répandu, peut-être naturel d’ailleurs (?)
  • la peur de la paranoïa, car le survivalisme, en tant que préparation à des situations extrêmes et rares, ressemble à de la paranoïa
  • certains survivalistes qui passent dans les médias sont risibles car ils paraissent (et parfois sont) allumés, décalés, drogués… ou bien ils provoquent le rejet social, car ils paraissent (et parfois sont) fachos, racistes, paranoïaques
  • beaucoup d’approches survivalistes répondent plus à des fantasmes personnels (ou à des stratégies marketing pour vendre certains produits) qu’à une véritable analyse des risques encourus et réponses adaptées

Protegor ne se positionne pas comme un guide de survivalisme, mais de sécurité personnelle applicable au quotidien. Les situations extrêmes, comme les catastrophes naturelles, les émeutes, les guerres, etc. sont évoquées dans le guide papier et parfois sur ce blog (comme la préparation à une émeute, ou bien la réaction face à un tsunami, etc.) mais ne constituent qu’une part minoritaire du contenu, l’idée étant majoritairement de se préparer pour le quotidien avant de se préparer pour les cas extrêmes.

La protection des bâtiments à Saint-Martin

Toutefois, l’exemple de l’Ouragan Irma qui a frappé nos îles de Saint-Martin et de Saint-Barthélémy est l’occasion de s’arrêter un moment sur ce qu’est le survivalisme à mes yeux, et son lien avec la sécurité personnelle, quitte à enfoncer peut-être certaines portes ouvertes. Le survivalisme ou, j’aime bien ce terme, preparedness en anglais, comporte tellement de facettes qu’il pourrait occuper un homme toute sa vie. Mais quelle part de sa vie faut-il consacrer à se préparer à des situations extrêmes, qu’elles soient du quotidien (agression, accident, attentat) ou rares (catastrophe, soulèvement, etc.) ? « Un certain temps » diront les plus avisés, un temps raisonnable qui dépend de l’efficacité de chacun à mettre en oeuvre une stratégie personnelle pour sa sécurité et celle de ces proches, dans le contexte où il vit.

Saint-Martin et Saint-Barth sont des îles françaises. Ce sont nos compatriotes qui vivent en ce moment, en 2017, un exemple de survivalisme qui fait froid dans le dos. Et les médias s’accordent à dire qu’avec le réchauffement climatique (que certains réfutent) les catastrophes de ce type vont se multiplier. Ces îles ont déjà connu des cyclones, des tempêtes, des vents violents… mais les bâtiments n’étaient pas prêts pour un ouragan de classe 5, la classe maximale. Il faut dire que cette facette du survivalisme, à savoir la préparation très en amont dans la construction des bâtiments (avant même la construction d’abris) est coûteuse. Ce survivalisme de la protection des bâtiments peut passer par des normes édictées par le gouvernement pour protéger ceux qui n’ont pas la conscience du besoin de se protéger de ce type de risque. Car ce qui est fondamental dans une approche rationnelle du survivalisme, c’est de commencer par le commencement : lister précisément les risques contre lesquels on souhaite être capable d’avoir un niveau de protection élevé, et faire des choix… (rien ne sert d’investir contre les feux de forêt dans le désert ^^).

La survie alimentaire dans une ville détruite

Après la protection des bâtiments (qui vise à éviter leur effondrement), il y a cette période de « survie alimentaire » ou plus largement « survie immédiate », qui est au cœur du survivalisme et lui donne beaucoup de mauvais clichés, au travers le stockage d’eau, de vivres et de produits de premier usage. Cette partie-là de stockage est très moquée, surtout pour les preppers de l’extrême qui vont engranger des vivres pour une année entière… on voit dans le cas de Saint Martin que l’arrivée des secours mettant des jours (et qu’une fois les premiers avions arrivés, il n’y en a pas pour tout le monde, et combien de temps avant un retour à la « normale »), il fallait prévoir bien plus d’une semaine d’eau et de nourriture pour pouvoir tenir sereinement, et espérer que les stocks ne soient pas touchés par l’Ouragan. En survie urbaine, surtout dans des grandes villes aux centres commerciaux proches où l’on prend vite l’habitude d’acheter ses provisions tous les deux jours, il n’est pas inutile d’avoir quelques jours de denrées. Et d’eau. A Saint Martin, Irma ayant été annoncé quelques jours auparavant, cela avait pu globalement être fait par un maximum de gens.

La désinformation après une catastrophe naturelle

Les messages fusent sur les réseaux sociaux à propos de la situation à Saint Martin… des témoignages filmés d’habitants qui appellent à l’aide en expliquant que les militaires ne sont toujours pas arrivés et que des gendarmes ont été séquestrés et leurs armes volées (source : témoignage de Clarisse sur Gwokaradio — je n’ai aucune preuve que la vidéo n’est pas un fake, je suis incapable de vous dire si c’est vrai ou faux, ni quel jour/heure elle a été filmée, car c’était un repost), des articles qui expliquent que des pillards « de race africaine » agressent la population (alors là quand je lis ça, je me dis que c’est un site de merde qui cherche à faire passer des messages autres, et je zappe direct), des témoignages écrits par des personnes de confiance qui ont pu échanger avec un de leur ami à Saint Martin et décrit la situation vécue, le témoignage vidéo de personnes en colère dans un décor qui ne laisse aucun doute (c’est bien Saint Martin) qui réclament un pont aérien et décrit des situations de détresse, des personnes qui témoignent de messages qui seraient coupés par Facebook (?) et aussi toute la horde de complotistes et d’anti-LeGouvernementEnPlace qui en profite pour diffuser leurs messages.

Tout ça pour dire que quand une situation extrême arrive, la communication et les médias partent vite dans tous les sens, comme les rumeurs d’ailleurs, et il faut encore plus qu’à la normal exercé son esprit critique, sa fameuse défiance. Ayant vécu un cas d’épidémie dans un pays étranger, j’ai vécu ces jours où tout le monde raconte n’importe quoi… c’est perturbant de ne pas savoir qui croire. A ce moment là, médias officiels et son réseau de gens de confiance (via les médias sociaux) sont clés. Et ce réseau de gens/sources de confiance se construit très en amont, au quotidien. Virez tous ceux qui vous polluent à partager n’importe quoi sans vérifier les sources, s’ils le font déjà en temps normal, en situation extrême ce sera pire.

Pillages à Saint Martin (source : Le Figaro)

Un article du Figaro témoignant des situations de pillages en cours à Saint Martin

La sécurité personnelle après une situation extrême

Et on arrive au cœur du sujet… la sécu perso. Pillages, vols, vols en bandes, agressions, séquestrations, prisonniers évadés, … on a un peu tout entendu ces jours sur la situation à Saint Martin. Certains gendarmes auraient dit à la population de se défendre elle-même. Je ne sais pas dans quelle mesure tout cela est vrai, mais le volume de témoignages montre bien que après un danger physique (pendant l’ouragan, d’effondrements de bâtiments, de noyade, etc.), après un danger sanitaire (de manque de nourriture & d’eau et de risques de maladie — toujours en cours), la population vit le danger social, celui des autres humains. Pas besoin d’avoir vécu cela ni même d’être fan de The Walking Dead pour comprendre cela… en situation extrême, les personnes violentes, les voleurs et les violeurs ne deviennent pas subitement des sauveurs et des good guys. Au contraire, la situation provisoire d’impunité due à l’absence de forces de l’ordre ou bien à leur mobilisation à sauver des gens, laisse libre champ pour voler, régler des comptes, etc. C’est tellement évident. Il n’y a donc aucun doute, les personnes sinistrées sont à protéger du prochain ouragan qui arrive, de risques sanitaires et aussi de la malveillance (le mot est trop soft… du déchaînement morbide) des tarés du coin.

Imaginez-vous un instant victime de l’ouragan Irma, votre maison a été à moitié soufflée, votre famille est choquée, peut-être blessée, vous avez faim, soif, envie de partir… une horde de fous armés rôde dans les rues environnantes… j’ai l’impression d’écrire un scénario de film gore et de participer à la paranoïa ambiante en écrivant cela alors que je suis le premier à fuir toute forme d’écrit « paranoïsant ». Et pourtant, c’est sûrement ce que vivent certains de nos concitoyens à Saint-Martin.

Qu’est-ce qui peut aider dans une telle situation ?

  • des voisins que l’on connait bien, en qui l’on a confiance et avec qui ont peut s’allier pour affronter les prochaines difficultés ; ce lien social de confiance se crée longtemps à l’avance
  • des compétences personnelles de sécurité personnelle ; savoir construire/renforcer un abri (une « panic room » en terrain dégradé), être positif/rassurant et supporter/consolider le groupe, garder au maximum la tête froide (facile à dire à mon bureau là ! sur place, je serais pas fier…) pour analyser les risques potentiels, savoir se servir d’outils et d’armes
  • des armes, ou des armes par destination
Saint Martin & Saint Barthélémy

Que tout le monde sache situer Saint Martin & Saint Barthélémy quand même !

Saint-Martin & Saint-Barth

Zoom sur le point rouge

7 Comments

  1. chris

    12 septembre 2017 at 9:28

    Bjr,
    Trop de personnes comptent sur l’Etat-nounou et ses services pour combler leurs lacunes.
    Non il faut se prendre en charge se responsabiliser et agir en conséquence.
    @+

  2. Galaad

    13 septembre 2017 at 16:50

    Saint-Martin ça a beau être en France, c’est pas le même contexte qu’en France continentale.
    Le PIB par tête est de 14700 EUR. En France en moyenne on est à 31800 EUR.
    Pour donner un ordre de grandeur le PIB par habitant est proche de celui de la république tchèque, des pays baltes, de pays d’Amérique du Sud, Uruguay, Argentine, Chili.

    Les infrastructures, le contexte insulaire, les inégalités, etc font que de base on est pas dans le même environnement et qu’il ne faut pas traiter sa vision de la sécu perso de la même manière. De base le système économique de l’île est plus fragile (dépendance des réseaux de transport, de la « métropole »).

    Du coup Irma à Saint-Martin c’est un exemple un peu extrême pour une situation difficilement généralisable à 95% de la population. La situation de « normalité » à Saint-Martin est très loin de celle de la moyenne de la France. 3,5 vols avec armes / 1000 habitants par an contre 0,2 en moyenne. 9,2 vols de voiture /1000 habitants contre 2,6 au niveau national. En terme d’homicides c’est 28 / 100.000 habitants contre 1,6 en moyenne en France.

    Bref qu’est-ce que la survie dans un contexte de normalité un peu plus dégradée que notre vision de la normalité?

    On en a pas eu des masses récemment des catastrophe de plus de 48h dans le contexte de 95% des Français. Quoiqu’on en dise les organismes publics ont une réactivité correcte, en tout cas une des moins pires dans le monde. Les entreprises privées se plantent parfois mais arrivent à rétablir la normalité. Et les cas extrêmes, restent des extrêmes contre lesquels un peu de bon sens permet de se prémunir.

    Les typologies de grandes catastrophes dans l’ordre d’impact (EUR de dégâts causés)
    Inondations
    Incendie
    Tempêtes et Foudre
    Avalanches
    Mouvements de sol

    Et après viennent les risques humains :
    Accident de transport (train, air, mer)
    Accident industriel

    Si on est rationnel, si on a vraiment un objectif de sécu perso. Soit on évite d’avoir à vivre dans une zone à risque avéré (loin des zones de catastrophe naturelle et des sites ICPE) et on essaye d’avoir la chance de pas être dans un accident de transport (je pense qu’on a peu de chance de contrôler le risque seulement de le mitiger en connaissant les consignes d’évacuation par exemple). Et déjà on a presque éliminé 90% du risque de catastrophe. Après pas de bol on est touché par la foudre, c’est la vie, on va pas s’empêcher de vivre non plus.

    Le vrai enjeu il est plus dans l’amélioration de sa vie de tout les jours : Arrêter de fumer, être irréprochable au volant, prévenir les accidents du travail, porter un casque à vélo, avoir une bonne alimentation, maitriser son stress au travail etc. C’est ça qui dans 99,9% du temps de la vie a un impact.

    Je ne nie pas non plus qu’il faille être prévoyant. Un évènement d’une semaine imprévisible, c’est envisageable. Et s’y préparer n’est pas si couteux que ça en temps et immobilisation (Le stock c’est du pognon qui dort).

    Mais la plupart des prepper du dimanche ont un biais de confirmation avec les exemples extrêmes. Le jour où une catastrophe globale et durable frappe (probabilité infinitésimale). C’est pas un stock de 3 ans de bouffe, un bunker et un fusil qui ferra la différence. La normalité sera brisée de manière irrévocable et le seul point important ça sera d’avoir le mindset pour accepter de vivre comme il y a 400 ans en arrière ou plus, de voir ses gamins mourir de sous-alimentation, d’avoir une espérance de vie à la naissance de 40 ans et une santé déplorable. Ou sinon la base sur la lune. Mais combien ont ce train de vie?

    Bref, le survivalisme c’est un bon concept de marketing d’influence pour faire acheter des choses pas vraiment utiles. C’est aussi consacrer une grande partie de sa vie à quelque chose de peu probable.

  3. chris

    17 septembre 2017 at 9:51

    Bjr,

    Je reprends « Bref, le survivalisme c’est un bon concept de marketing d’influence pour faire acheter des choses pas vraiment utiles.  »

    Le survivalisme de maintenant c’est simplement comme nos anciens vivaient en se démerdant par eux-mêmes.
    L’Etat fait tout pour catégoriser les métiers afin que chaque citoyen paie la TVA à chaque service demandé.
    Le survivalisme c’est apprendre sans cesse, recycler, se débrouiller par soi-même.
    Le côte mercantile que vous citez n’est que la façade commerciale dont certaiins commercants avides de se faire du fric facile ont cru bon de s’engager alors que le survivalisme est tout le contraire du commerce!Puisque justement c’est apprendre à s’en passer!

    2)
    « C’est aussi consacrer une grande partie de sa vie à quelque chose de peu probable. » bien sur si vous vous préparez à une invasion d’aliens et autres zombies ça n’arriveras pas mais si vous pressentez un évènement de type guerre civile en France vous êtes sur que cela est tres proche…

    Même La Fontaine avec sa cigale et la fourmi avait un côté survivaliste 😉

    Savoir pour prévoir, prévoir pour pouvoir!

  4. EvilEmile

    19 septembre 2017 at 14:39

    Personnellement, je hais le terme de survivaliste car il est souvent compris comme une définition de gens qui en sont tout le contraire: mythomanes divers, asociaux, idéologues politiques, boutefeux divers qui n’attendent que la catastrophe pour se servir. Bien évidemment, les oreilles complaisantes à ce genre de définition sont déjà prêtes à relayer ces caricatures.
    En effet, les Bear Grylls et autres claude Hermant sont définis ou auto-définis comme tel. Forcément ça fait rire.
    Actuellement, je doute qu’il existe un terme définissant celui qui sait où poser ses valises, valoriser son carré de choux et garantir pour lui et les siens une vie sans dangers inutiles tout en restant un être sociable au-dehors.
    Ca m’ennuie de chercher un terme anglais pour définir ce que nos grand parents faisaient au quotidien sans se cacher derrière un nom ronflant.

    • Guillaume [admin]

      21 septembre 2017 at 12:19

      Le monde a bien évolué depuis nos grands-parents, et beaucoup perdent le sens du pratique, ou certaines bases de vie, l’apprentissage de certaines choses manuelles… et je dis cela sans jugement positif ou négatif d’ailleurs, et en étant personnellement partiellement victime aussi de cela. Le monde est plus complexe et plus technologique qu’à l’époque de nos grands-parents. Et puis maintenant on nomme toutes les idées, et surtout en anglais car la langue de shakespeare s’y prête mieux que le français (ou l’allemand, ou l’espagnol ou l’italien…). C’est du marketing et quand la définition est claire (ce qui n’est pas toujours le cas pour « survivalisme »), ça aide à communiquer.
      La résilience est peut être le mot français que tu préférerais alors.

      • EvilEmile

        26 septembre 2017 at 14:37

        Eh bien je ne suis pas complètement d’accord avec la perte de savoir ou de pratique: Internet m’a permis de faire ce que mes grand-parts faisaient à l’époque, comme faire sa bière, du savon, optimiser les cultures. Et comme je ne suis pas seul, il suffit de voir les sites dédiés, les tutos et le nombre de gens qui ressuscitent un patrimoine immatériel étonnant et oublié. Au contraire, pour qui se donne la peine, on peut récupérer énormément de pratiques, rien qu’avec le site de la BNF en ligne qui permet de connaître les vieux ouvrages ( de boxe française méthode Lafont par exemple).
        Après, l’échange en direct sur le terrain reste un atout. Le progrès numérique n’est qu’un support pour gens curieux.
        Oui, résilience serait une bonne définition qui est, si je
        résume bien, l’autonomie économique, énergétique, hydrique et défensive tout en restant acteur social.

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