Couteau vs. Pistolet, la règle des 7 mètres

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Dans le monde de la self-défense, la « règle des 7 mètres » est largement connue des experts et pratiquants. Et pourtant, il est toujours bon de la rappeler, voire de la tester avec des armes d’entraînement, couteau vs. pistolet ou revolver.

Cette règle est aussi rappelée parfois lors de procès aux magistrats, par les avocats défendant un policier ayant fait usage de son arme à feu sur une personne « seulement » armée d’une arme blanche.

Mais cette règle américaine n’est pas toujours intégrée en France, même si elle date des années 80 et qu’elle a eu plusieurs conséquences aux Etats-Unis :

  • Sensibiliser le fait qu’un couteau peut être bien plus dangereux qu’une arme à feu à courte distance
  • Sensibiliser les policiers sur la notion de distance dans les contrôles d’identité, et les dangers d’être trop proche
  • Sensibiliser les policiers sur leurs techniques d’approche d’un suspect, notamment avec la main posée sur leur arme à feu prête à dégainer (vous pensiez que c’était juste une tradition issue des cow-boys ? ^^), et si une arme blanche est en jeu, être arme dégainée en direction du suspect
  • Sensibiliser les policiers sur le temps qu’ils mettent à sortir leur arme, et ce que peut faire un suspect pendant ce temps
  • Et aussi sensibiliser chacun sur le fait qu’à courte distance, face à un couteau, sans arme à feu prête à tirer immédiatement dans la direction du danger, il faudra gérer avec des techniques à mains nues

Cette règle n’était pas une règle à la base, mais le constat d’un exercice a priori réalisé par l’Officier Tueller (de Salt Lake City) en 1983. Tueller aurait mesurer qu’il fallait autant de temps pour un policier « moyen » pour dégainer de toucher sa cible, que pour une personne pour parcourir 7 mètres (21 pieds en fait) et donner un coup de couteau (1,5 seconde pour chaque). En tous cas, c’est ce qui se dit sur les sites américains.

La règle des 7 mètres est en fait « la règle des 21 pieds » (« 21 foot rule« , « 21 feet rule« , « 21 ft. rule« ), soit 6,40 mètres et pas 7 mètres. Mais bon, « la règle des 6.4 mètres », ça fait bizarre, et l’arrondi ne pouvait être que par le haut (par sécurité). Cette règle énonce que les tests menés avec des personnes agiles/rapides montre qu’à une distance plus courte que 6,40 mètres, un agresseur armé d’une arme blanche courant vers un policier n’ayant pas dégainé son arme à feu, arrivera à le toucher.

Regardong une proposition de mise en oeuvre par le célèbre Dan Inosanto :

(lien de backup si la vidéo ci-dessus ne fonctionne pas : https://www.youtube.com/watch?v=js0haocH4-o)

Dans la première partie de la vidéo, Dan Inosanto joue le rôle de l’agresseur, avec arme blanche cachée, et montre la rapidité d’action avec un couteau face à un policier s’approchant. Puis à partir de 1:25, différentes distances sont testées :

  • Moins de 1 pied (30cm), réaction quasi-impossible
  • A 5 pieds (1,5m), l’officier n’a même pas le temps de mettre la main à son arme, réaction à mains nues obligatoire
  • A 10 pieds (3m), l’officier n’a pas le temps de dégainer, l’agresseur a fait 7 pas en 1,5 secondes. A cette distance, il faut que l’arme à feu soit déjà dégainée et en direction de la cible pour être efficace
  • A 15 pieds (4,5m), l’officier réussit à tirer sur l’agresseur courant vers lui, avec une technique de dégainage rapide (tir dès la sortie du holster, canon immédiatement orienté vers la cible sans prendre les organe de visée), ce qui demande un entraînement spécifique et un état d’alerte élevé. Il est quand même potentiellement touché par le couteau en fin de course (car les balles ne stoppent pas l’agresseur net). Bouger en même temps que le tir permet au second officier de ne pas être touché par l’arme blanche
  • Pour « un officier moyen » qui n’est pas entraîné régulièrement au tir en mouvement et aux dégainés-tirés d’urgence, il faut une distance de 21 pieds (6,4m) pour qu’il puisse avoir le temps de sortir son arme, tirer 2 coups sur l’agresseur et limiter le risque d’être touché par l’arme blanche (en bougeant)

Cette règle est indicative au sens où elle sert à rappeler la dangerosité du couteau, mais pas d’une précision scientifique car trop de paramètres en jeu pour déterminer la bonne distance de sécurité face à un couteau quand on dispose d’une arme à feu :

  • L’état de vigilance (si l’on n’est pas orange-rouge, on sera plus long à réagir)
  • Le type de port retenu pour son arme à feu (si l’on est déjà en position contact, la réaction sera évidemment plus rapide que si l’on part d’un concealed-carry pas optimal)
  • Le fait de bouger aussi pendant le dégainer (reculer, sortir de l’axe ou se jetter à terre peut faire gagner un précieux dans la riposte) (on le voit dans les vidéos ci-dessous)
  • La munition employée n’arrêtera pas forcément l’agresseur au couteau qui même touché avant d’arriver au contact, pourra continuer son acte de poignarder la victime

Deux vidéos plus récentes et plus modernes qui s’essaient au couteau vs. pistolet :

Bons visionnages !

(et un autre article sur le sujet ici)

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4 Comments

  1. gesivi

    31 décembre 2015 at 9:57

    Toujours un bon article qui démystifie et sous estime le danger de la lame
    Pour notre groupe de recherche action, on travaille sur une gestuelle simple pour faire face à une arme blanche ou arme à feu. Et qui sera bien loin de ce qu’on peut voir dans certaines salles de self. Où on tombe parfois dans le « jeu de claquette » irréaliste et dangereux pour ceux qui croient en leur efficacité.

    http://gesivi.fr/Accueil/Innover

    Bonnes fêtes à tous

  2. seb

    1 janvier 2016 at 16:01

    Bonjour, j’ai écris il y a quelques temps un bref article sur cette règle des 21 feets avec les vidéos en lien et l’étude qui en été fait par des instructeurs de tir pour trouver une parade efficace et réaliste à ce problème (instructeur zero et Doug Marciada).

    http://lenexialiste.blogspot.fr/2015/03/lecombat-4_10.html

    L’essentiel est avant tout de traiter la menace, avant de vouloir user de sa propre arme.
    Le défaut de celui qui porte une arme est de penser que c’est l’arme qui le protège, alors que c’est son attitude, son sang froid, sa technique et son entrainement qui le protègent.
    A courte distance il faut traiter le couteau (routine de la méthode kali inosanto-lacoste, Vital templates du Sayoc Kali) ou directement chercher un KO nerveux sur les points vitaux du bras et de la tête (méthode kyusho, Evan Pantazi, DVD 9).

    Dans tout les cas l’arme dans sa gaine prend trop de temps à sortir. Ce n’est pas le cas d’une arme dégainée, d’une arme longue épaulée ou à la sangle qui peut servir à créer de la distance entre la lame et les parties vitales.
    le Krav Maga destiné aux militaires utilise d’ailleurs des coups portés avec le canon ou la crosse. Pour l’avoir tester avec juste une arme bleue (factice), çà fait mal, et c’était juste dans le torse. Imaginez un coup de canon dans le visage !!!

    Pour les forces de l’ordre et militaires la présence de gilet par poinçon et de manchettes anti slash peut changer la donne.

    Pour paraphraser Tuhon Tom Kier, instructeur de Kali Sayoc, « c’est mon adversaire qui tient le couteau et c’est moi qui l’utilise ».

    Voilà, bonne année à Guillaume et aux lecteurs. Merci pour le blog.

    • Guillaume [admin]

      1 janvier 2016 at 17:32

      Merci Seb pour ces infos et bonne année aussi 🙂

      (petite note en aparté : j’avais vu la vidéo Instructeur Zero / Marcaida, super idée de Funker Tactical de rassembler ces 2 gars sur ce sujet ! après, en regardant la vidéo, je me disais que bcp de choses, il n’y avait qu’eux qui pouvaient se permettre de le faire ^^ mais c’est toujours instructif à voir)

  3. didier

    29 avril 2017 at 16:47

    Merci Guillaume pour cet article. Dans nos entrainement il faut éviter l’erreur que j’observe souvent: le plastron ralenti sur le dernier mètre! Erreur, car dans la réalité (que j’ai vu et vécu), un agresseur fonce sur vous et arrive sur vous en pleine accélération (cas typique du forcené)
    A bientôt

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