Comment réagir si l’on a tué son agresseur ?

11 commentaires

Au détour d’un surf sur le site Reddit, je suis tombé sur une réponse à la question « que faire si je tue une personne en me défendant ? » que j’ai voulu partager avec vous, car elle est plutôt smart.

Je vous laisse la lire directement sur le site en anglais, et voici la traduction française :

1 – Appelez les secours. « Mon nom est [nom] and j’ai été attaqué à [l’endroit]. Mon agresseur a besoin d’une ambulance. J’ai besoin de [le surveiller / me protéger / me soigner], donc je vais devoir raccrocher. » Vous pouvez leur laisser confirmer la localisation de l’endroit, mais ne restez pas en ligne.

2 – Appelez votre avocat. Si vous n’avez pas déjà une carte dans votre portefeuille avec le nom & numéro de votre avocat (ou d’un avocat qui se spécialise dans la légitime défense), trouvez-en un aujourd’hui.

3 – Appelez votre famille. Dites-leur que vous avez été impliqué dans une situation de self-défense. Ne donnez pas de détails. Dites-leur de ne parler à PERSONNE sans qu’un avocat ne soit présent — cela inclut la police & les médias. Dites-leur de ne consentir à aucune enquête.

4 – Quand la sécurité le permet, et avant que la police n’arrive, rangez votre arme à feu dans son holster & gardez vos mains de sorte que les policiers puissent toujours les voir. S’il est risqué de ranger votre arme, vous devez bouger pour aller dans un endroit sécurisé.

5 – Taisez-vous. Quand la police arrivera, ils ne sauront pas ce qu’il se passe. Ils considéreront que tout le monde est dangereux jusqu’à ce qu’ils aient identifié qui a fait quoi. Dites votre nom et précisez quelle personne vous a attaqué. Montrez tout élément de preuve potentiel et témoins, puis dites aux policiers que vous allez attendre votre avocat avant de faire une déclaration ou signer un document.

6 – Maintenant, taisez-vous (si ce n’est répéter la dernière phrase au sujet de l’attente de votre avocat).

Alors bien sûr, cette « procédure » est très américaine, et se base sur une situation grave d’utilisation d’une arme à feu face à un agresseur, dans un pays où la légitime défense ne suit pas les mêmes règles que par chez nous.

Toutefois, la logique & chaque point de la démarche est applicable chez nous aussi : l’approche très carrée, le 1e point qui est l’appel direct des forces de l’ordre / des secours est bon et contribue à souligner de quel côté vous êtes, puis le point 2 qui consiste à toujours avoir un contact avec un avocat et son numéro sur soi (déjà évoqué dans Protegor, le livre) est clé. Le point 3 est très smart : cela évite qu’une personne de votre famille qui ne soit pas au courant de ce qu’il s’est passé, soit interrogé par un journaliste et lui explique en détail que vous adorez le paintball ou la chasse, ou que votre arrière-petit-cousin-germain-par-alliance a volé une poule (ce qui peut très vite, dans certaines têtes fonctionnant sur base de clichés & apriori, se transformer en un article qui manipulera l’opinion en votre défaveur). Etc.

11 Comments

  1. didier

    10 janvier 2014 at 9:02

    Le point 5 est très important. En effet, à leur arrivée, les forces de l’ordre ont besoin d’identifier, l’agresseur de la victime. Et dans ce cas, la « victime » est l’agresseur! Donc pas d’emballement.
    Dans nos mises en situations, il est intéressant de faire toucher du doigt à nos stagiaires ce problème: 2 personnes qui se battent: comment les séparer quand on ne connait pas le fil de l’histoire…

  2. Alex

    10 janvier 2014 at 12:49

    « 2 personnes qui se battent: comment les séparer quand on ne connait pas le fil de l’histoire… »

    Effectivement j’avais jamais pensé à cela… ! Comment tu réagirais toi ?

  3. vince

    10 janvier 2014 at 15:55

    Pour ceux qui n’ont pas de béton, il y la forêt ou un fleuve ou même un lac. Non mais sans blague, risquer la prison pour une personne dont l’intention était d’intenter à votre intégrité, celui de votre femme et/ou de vos enfants ?

    Si ma phrase vous choque, vous n’avez rien à faire avec une arme chez vous (cf. »rangez votre arme à feu dans son holster »).

    Pour les autres, soyez discret, il y a toujours des yeux qui peuvent vous regarder.

    Non mais blague à part, ça me fait penser aux cambrioleurs qui portent plainte car s’est pris un mauvais coup chez le propriétaires : nous sommes en France ! La victime, ça n’est pas vous ! Donc même si vous respectez tous ces points, vous risquez la prison.

    V

    • Robert Marchenoir

      11 janvier 2014 at 4:09

      Je ne comprends pas les nombreux commentaires que je lis sur ce thème (pas ici, mais sur d’autres sites).

      Je suis prêt à parier n’importe quoi qu’aucun de ces commentaires n’est écrit par quelqu’un qui a vraiment tué un agresseur en légitime défense, qui a vraiment fait disparaître le corps, et qui n’a jamais été inquiété depuis.

      Vu les progrès de la police scientifique, de la génétique, de la localisation des téléphones portables, vu l’omniprésence des caméras de surveillance, etc, ce genre d’avis me paraît relever du pur fantasme. Y compris à la campagne, je le précise.

      Cela me paraît une rodomontade spécifiquement française. Les Etats-Unis sont un pays beaucoup plus rural que la France, qui comprend beaucoup plus d’étendues inhabitées et même des déserts. Pourtant, je ne me rappelle pas avoir lu de tels « conseils » dans des discussions en ligne américaines lorsque ce sujet est abordé.

      • vince

        11 janvier 2014 at 18:52

        Nous sommes bien d’accord : il ne faut donc pas avoir d’armes chez soi et en tous cas, ne pas tuer l’agresseur !

        Il s’agit en fait de savoir si vous souhaitez en plus du premier effet kiss Cool (tuer une être un humain et en subir le poids moral) subir le deuxième effet Kiss Cool : médiatisation de l’affaire, perte d’emploi, de réseaux sociaux et même prison. Donc oui, dans la mesure du possible : béton !

        Pour les US, moi, oui !

  4. chris

    11 janvier 2014 at 14:24

    Bsr,
    En 1er lieu ça sera tjrs d’appeler les secours et d’assurer les 1ers secours…cela permettra d’éviter un alourdissement judiciaire.

    2ème: photos + enregistrement audio vidéo lors de l’attaque/bagarre seront bienvenus car il y aura tjrs des témoins « bienveillants » qui attesteront que c’est la victime qui a attaqué en premier.

    3ème: tjrs effectuer un certificat médical afin d’attester des coups que vous avez reçus…Capital pour la Justice afin de certifier qu’il y a bien eu légitime défense!!!

    @+

  5. Morphéus

    12 janvier 2014 at 11:14

    Bonjour,

    Bien sur, en premier lieu, l’appel au secours pour la  » victime  » est indispensable.

    Second appel aux forces de l’ordre. Une fois les forces de l’ordre sur place, ne rien dire à chaud, non pas pour entraver leur travail, mais pour éviter de dire des bétises, car c’est généralement ce qu’on fait lorsqu’on parle à chaud et que la tension nerveuse, l’adrénaline sont à un niveau élevé.

    Ensuite, j’irais même au dela ce que dit l’intervenant précédent : non seulement il faut un certificat médical, mais il faut, dés le contact avec les forces de l’ordre, demander une assistance médicale car vous serez sans aucun doute choqué et traumatisé. Un examen médical aura, au delà de s’assurer de sa propre santé, le bénéfice de se remettre les idées claire sur ce qui vient de ce passer. Et quand je parle de s’éclaircir les idées, je ne dis pas de préparer une version fantaisiste qui sera facilement démonté par les enqueteurs, mais plutot de remettre dans l’ordre les évènements qui ont conduit à votre action : – ce que votre agresseur à fait, a dit, a essayé de faire et ce que vous avez fait et comment vous avez fait. Dans vos paroles, éviter de dire : j’ai pensé que …, mais tenez vous en à des faits précis et pas à des interprétations.
    Pour finir, mon intervention, je précise également qu’il ne faut pas être étonné d’être placé en garde à vue, même si la légitime défense est flagrante puisque c’est la procédure normale.

  6. Sudo

    15 janvier 2014 at 13:20

    Il serait bon d’avoir l’avis d’un avocat (français…) sur cette question.

    • Stef

      31 janvier 2017 at 20:47

      Maitre Liénard, auteur  » de force à la loi  »,je recommande cet ouvrage à tous les détenteurs d’arme à feu

  7. alfred

    15 janvier 2014 at 13:29

    bravo et bien d’accord .
    pour ceux qui préconisent de ne rien signaler à la police, à moins d’être au milieu de la jungle… la police trouvera toujours des traces, et pour un meurtre, elle se bougera le cul.
    bien d’accord aussi sur le fait d’appeler l’avocat et de suivre ses conseils ; le blogueur maitre Eolas donne pas mal de conseils à ce sujet. En gros, au cas où on tomberait sur un policier de mauvaise humeur ou avec une imagination très fertile, et si en plus on a pas un « profil » de victime, il vaut mieux fermer sa bouche et
    à défaut s’en tenir aux faits évidents. pas bête non plus de demander des soins, meme si on a survécu à une agression, on est souvent en état de choc, donc susceptible de dire n’importe quoi.

  8. Guillaume [admin]

    16 janvier 2014 at 11:58

    Je vous rappelle l’article suivant qui est l’avis d’un avocat (et pas des moindres) sur le sujet :

    https://www.protegor.net/blog/thibault-de-montbrial-parlons-legitime-defense/

    Question : Si l’un de nos lecteurs venait à être arrêté dans le cadre d’une situation de légitime défense, quels conseils lui donneriez-vous dans les premières minutes ?

    Thibault de Montbrial : Il est absolument essentiel de montrer sa bonne foi : ne surtout pas fuir après l’acte de défense ; appeler aussitôt les secours pour que des soins puissent, si nécessaire, être apportés à votre agresseur une fois la menace circonscrite… Ensuite, expliquer immédiatement aux autorités les raisons pour lesquelles vous avez légitimement pu croire être confronté à un risque vital, et bien souligner que les gestes nécessaires à votre défense ont cessé, aussitôt que vous avez apprécié que la menace à laquelle vous étiez exposé avait disparu. Je conseille enfin de ne surtout pas sous-estimer la violence du stress qui accompagne de telles expériences, avec des conséquences très pratiques y compris sur la capacité à bien s’expliquer : faire état de ce stress et demander l’examen par un médecin pour le faire constater, même en l’absence de blessure physique ; demander aussitôt l’assistance d’un avocat, si possible bon connaisseur de ces questions, afin qu’il vous accompagne tout au long de la quasi-inévitable garde à vue qui vous occupera dans les heures qui suivront l’acte de violence auquel vous aurez été contraint.

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