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Raphaël Toper, créateur de l’appli BeSafe !

Raphaël ToperRaphaël Toper est étudiant à Paris, et a lancé il y a quelques mois l’application pour iPhone « BeSafe » qui indique les zones à risques (agressions, meurtres, gangs…) à Paris, New York & Londres. Avec plus de 20 000 téléchargements, l’application a pas mal buzzé… à la fois positivement car elle répond à un besoin de beaucoup, mais aussi négativement car certains n’ont pas envie que de tels outils existent. C’est ce point en particulier qui a attiré mon attention et Raphaël a eu la gentillesse de répondre à mes questions, pour les lecteurs de Protegor.

PROTEGOR : Raphael, peux-tu nous expliquer comment est-venue l’idée d’une telle application ?
Raphael Toper :
L’insécurité urbaine est un sujet qui nous intéressait particulièrement, Marin Denizet, Youssef Gasmi et moi, étant donné qu’on habite tous les trois à Paris ou Londres. Après avoir vu le service de cartographie des meurtres fait par la NYPD, on s’est dit : « Pourquoi ne pas proposer des cartes similaires pour Paris, Londres et New-York, mais qui cette fois ne se baseraient pas sur les meurtres mais plutôt sur le niveau d’insécurité global de chaque quartier ? ». Plutôt que de faire un site web, nous avons choisi le support Appli iPhone car le GPS intégré a chaque téléphone permet à l’utilisateur de se géolocaliser et de visualiser, en temps réel avec le risk-o-metre, le niveau d’insécurité du quartier dans lequel il se trouve.

PROTEGOR : Sur quelles données se basent ton appli ?
Raphael Toper :
Elles sont essentiellement basées sur des rapports publics, complétés par des données des Mairies et Préfectures (Paris, NYPD et la Metropolitan Police) pour permettre la précision au quartier près qui est donnée dans BeSafe. Mais dans ces données, nous n’avons retenu que les chiffres relatifs aux comportements agressifs et à la délinquance qui a lieu dans la rue. Les mêmes sources ont été utilisées pour détailler l’ensemble des « Hotspots » tels que les zones où rodent les pickpockets et les gangs. Pour ce qui est des lieux où un crime a été commis, on a fait des recherches dans l’historique des rubriques « faits divers » des journaux qui traitent de ces sujets. Evidemment, l’application ne peut pas « prédire » où va se produire la prochaine agression ; nous n’avons pas la prétention de faire de BeSafe une substitution aux forces de l’ordre, mais une cartographie qui se veut avant tout utile et pratique.

BeSafe

PROTEGOR : Quels ont été les retours que t’ont fait les utilisateurs, les internautes, la presse ?
Raphael Toper :
Globalement, l’application a divisé : comme on peut le voir à travers les notes sur l’AppStore, beaucoup saluent l’initiative et jugent l’application utile, alors que certains y sont totalement hostiles  et pensent que l’application cultive la peur. Mais cette « mini-polémique » ne s’est propagée qu’en France, car dans les pays anglo-saxons (BeSafe est aussi disponible sur Londres et New-York), l’état d’esprit est différent, l’insécurité n’est pas un sujet tabou. De notre coté, on est profondément convaincus que, dans le contexte actuel (augmentation des violences envers les personnes et des vols avec violences) que cette application peut être utile –et avec plus de 20 000 téléchargements de l’application, nous ne sommes apparemment pas les seuls à le croire.

PROTEGOR : Tu m’as dit que certains criaient à la stigmatisation de certains quartiers… qu’en est-il & quel est ta position sur ce sujet ?
Raphael Toper :
Je pense que l’appli ne stigmatise pas, elle apporte une information objective dans la mesure où elle agrège des statistiques elles-mêmes objectives. On voulait surtout faire de l’appli un outil pratique, à utiliser au quotidien lors de ses déplacements : mais comme tout outil, il peut être bien utilisé ou mal utilisé. Libre à chacun d’en faire l’utilisation qui lui semble appropriée. Nous connaissons des personnes qui habitent dans des zones « sensibles » et qui n’envisagent pas pour autant de quitter leur quartier.  Encore une fois, BeSafe est un outil de prévention neutre.

photoPROTEGOR : De ton expérience, quels sont les profils de personnes qui sont contre un outil qui désigne des zones comme « plus risquées » que d’autres ?
Raphael Toper :
L’application s’adresse avant tout aux touristes et aux noctambules, ainsi qu’aux personnes à la recherche d’un logement ; elle n’est pas destinée à un usage professionnel. Les principales critiques émises contre BeSafe venaient de commerçants, de responsables municipaux, d’agents immobiliers, etc. qui ont leur activité dans les quartiers où le risque d’agression est plus élevé. On leur a répondu que de toute manière, les citadins avaient déjà des à priori sur les zones urbaines plus risquées que d’autres (par exemple, il est communément admis que le Bronx, à New-York, est l’endroit le plus dangereux, alors qu’il s’agit en fait du Queens), et que l’application ne faisait que placer sur une carte –et avec une meilleure précision- ces informations.

PROTEGOR : Penses-tu que tu pourrais rendre ton application encore plus précise (à la rue près par exemple) ?
Raphael Toper :
Avec les données que nous avons actuellement, une précision à la rue près n’est pas envisageable. Mais la  version Protector, à 0.79€, permet déjà une précision au sous-quartier, au nombre de 4 par arrondissement soit 80 pour chaque ville, ce qui est largement suffisant pour évaluer le niveau d’insécurité d’un quartier. Nous réfléchissons cependant à intégrer un système communautaire qui permettrait aux utilisateurs de l’application de « noter », grâce a leur propre expérience, la rue dans laquelle ils habitent et ainsi intégrer le « retour utilisateur » dans l’application.

PROTEGOR : As-tu des conseils pour les lecteurs de Protegor qui ont la particularité d’être tous intéressés par leur sécurité personnelle ?
Raphael Toper :
Je ne suis malheureusement pas expert en la matière, mais des conseils d’ordre général s’appliquent toujours : je leur conseillerais d’être particulièrement vigilants dans les transports en commun (je rappelle que BeSafe repère sur la carte les 20 stations les plus dangereuses de Paris), en particulier dans le RER : d’après le sondage mené sur notre site, c’est pour 65% des gens le transport en commun où ils se sentent le moins en sécurité. Il s’agit donc de bien veiller par exemple à ne pas sortir ses objets de valeur –smartphone compris-, ne pas baisser sa garde pendant les heures de pointe (c’est la que les pickpockets agissent) et ne pas se retrouver seul dans un wagon, en particulier en soirée.

Merci à toi, Raphaël, j’espère que beaucoup de lecteurs téléchargeront ton appli !


Self-DéfenseRencontre avec un expert

Interview de Ofir, fondateur du Hagana System

ofir-haganna1Ofir a étudié intensivement le Krav Maga en Israël, puis au fur et à mesure de ses expériences professionnelles dans la sécurité, il a mis au point le Hagana System. Explications.


Self-DéfenseRencontre avec un expert

Interview de Jean Carrillo, fondateur du Strike Combat System

strikecombatsystemJean Carrillo est né en France, mais a décidé, il y a maintenant 14 ans, de partir vivre aux Etats-Unis, à Los Angeles. Il  est à l’origine d’une méthode baptisée « Strike Combat System », qu’il enseigne à certaines forces de l’ordre et compétiteurs de MMA. Il a bien voulu à répondre à quelques questions pour nous expliquer les spécificités de sa discipline en matière de sécurité personnelle et de self-défense.


Jean CARRILLO, fondateur du Strike Combat System

Jean CarrilloJean Carrillo est né en France, mais a décidé, il y a maintenant 14 ans, de partir vivre aux Etats-Unis, à Los Angeles. Il  est à l’origine d’une méthode baptisée « Strike Combat System », qu’il enseigne à certaines forces de l’ordre et compétiteurs de MMA. Il m’est apparu intéressant de demander à son créateur de nous expliquer les spécificités de sa discipline en matière de sécurité personnelle et de self-défense.

PROTEGOR : Jean, succinctement, qu’est-ce que le Strike Combat System ?
Jean Carrillo :
Le Strike Combat System est une méthode de combat basée sur mon expérience personnelle. J’ai vécu et grandi dans le quartier sud de Toulouse, le quartier de « La Faourette ». Je connais très bien le vice des quartiers car j’y trainais souvent. Une chose est sûre, tous les gens que j’ai agressé, frappé… ont toujours été pris par surprise. Je n’ai jamais attaqué quelqu’un en me disant avant « tiens je vais m’en prendre à lui, il va peut-être bien me casser la mâchoire, me mettre KO et me casser quelques os mais je vais quand même essayer ». Le Strike Combat System a été mis en place ici, aux USA, après plus de 6 années de recherche, en faisant des patrouilles avec les forces de l’ordre, en regardant des vidéos, en lisant des témoignages, en participant à des auditions, en visitant des prisons… Au final, je me suis surtout aperçu durant les interventions de mes « collègues » que la violence ici aux USA est poussée au maximum dans le vice et cela a remis ma conception de la Self-Défense en question et je me suis aperçu que la majorité de mes mouvements manquaient d’efficacité en situation de stress…

Jean Carrillo

PROTEGOR : Nous avons échangé précédemment sur des principes de self-défense (ndlr : pour un autre article). D’où tires-tu ces principes ?
Jean Carrillo :
Encore une fois, le Strike Combat System c’est 6 ans de recherche, et je me suis basé sur des expériences très diverses. Tout d’abord, étant un ancien délinquant d’un quartier chaud de Toulouse, j’ai agressé des personnes, j’ai volé et pour l’anecdote étant pauvre et sans père, quand je voulais quelque chose j’ allais le chercher souvent de force — j’ai même agressé le postier ! Je me trouvais donc de l’autre côté de la barrière et je savais comment je devais opérer pour réussir. Dans un cadre plus social, j’ai aussi enseigné le close combat au 1er RIMA à Angoulême et à Mayotte dans le DLEM (Division de la Légion Etrangère) avec Mr Adams Ouedrago, Champion du Monde militaire de boxe anglaise. Puis les USA m’ont permis de découvrir une autre sorte d’ agressions en patrouillant avec les forces de l’ordre que j’entraîne maintenant depuis plus de 10 ans. Je suis à titre d’information, celui qui a amené la boxe thai et le kick-boxing dans le sud de la France. Mon ancien club, le CBC Carrillo Boxing Center a été à l’origine de plusieurs champions de France & d’Europe. J’avais plus de 250 élèves et la majorite étaient issue des quartiers.

strikecombatsystemPROTEGOR : Pour être honnête avec toi, j’ai découvert le Strike Combat System un peu par hasard sur le net, et l’image première, le logo (une tête de mort cagoulée) m’a semblé bien agressif – pourquoi un tel logo ?
Jean Carrillo :
Le logo est très simple : chaque agression peut finir par la mort. Certains vont dire que c’est un peu poussé mais quand tu vois de nos jours aux informations nationales qu’un père et son fils ont été poignardés entraînant le décès du fils alors qu’ils tentaient de neutraliser une personne qui cassait des voitures pour voler les autoradios… Je pose une question toute simple : est ce que la personne avec le couteau était partie avec l’idée de tuer ? Ou est ce que la victime ne pensait pas que cela atteindrait ce niveau de violence ? Aux USA on a un proverbe qui dit : Mieux vaut être jugé par une personne, que d’être porté par six personnes.

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PROTEGOR : Le Strike Combat System semble couvrir beaucoup d’aspects, comment structures-tu tes cours pour couvrir un spectre aussi large de disciplines ?
Jean Carrillo :
Mes méthodes de défense sont basées sur les réflexes naturels du corps humain. Prenons un exemple : tu mets en face de moi les meilleurs boxeurs du monde, je leur parle, quelqu’un arrive derrière eux avec un fusil à pompe et tire en l’air. Personne ne va se retourner en montant les poings. Tout le monde mettra les mains au niveau du visage et se baissera. Mais la garantie est qu’ils monteront leurs mains tout de suite au visage pour se protéger. Veux-tu savoir pourquoi ? Parce que les sens les plus importants chez l’être humain sont au niveau du visage : audition, vision, odorat, équilibre, respiration. Ceci est un réflexe naturel. Savez vous que toutes les personnes qui ont été abattues (exécution) avec une balle dans le visage, ont toutes des impacts dans les mains, poudres… car les mains montent par reflexe pour se protéger.

PROTEGOR : Concrètement, un débutant qui vient dans un club de Strike Combat System va commencer par faire quoi ?
Jean Carrillo :
Il va travailler sur ses réflexes, on va l’accompagner à adapter ces derniers et non les lui enlever. On va lui apprendre à développer son agressivité, sa précision de frappe, son travail dans une situation de stress, les techniques de frappe et les zones sensibles pour faire mal en premier.

PROTEGOR : J’ai vu que les aspects pré-conflits étaient aussi abordés, en particulier la négociation avec l’agresseur, la gestion du stress, etc. Peux-tu partager avec nous quelques exemples d’exercices utilisés en Strike Combat pour s’entraîner à cela ?
Jean Carrillo :
Oui, prenons un exemple que l’on voit en cours de Self-Défense. Portons une attaque à la personne et celle-ci se défend en répondant avec une technique. Prenons cette même personne, on l’insulte de façon très violente, on la saisie très violemment, et si l’agresseur joue bien son rôle, la personne qui se défend sera déboussolée car elle n’a pas été préparée à réagir à des insultes, à une telle pression dans un environnement finalement différent de celui habituel d’une salle d’entraînement… Tous les instructeurs que je forme et qui viennent de différentes disciplines de self-défense sont stupéfaits par ce qu‘ils voient durant mes séminaires.

PROTEGOR : En Strike Combat, le shocknife (couteau à décharges électriques) fait partie de la panoplie d’entraînement… quels sont les avantages et inconvénients de ce type d’entraînement ?
Jean Carrillo :
Les avantages sont très simples : on ne travaille plus de la même façon. Je tiens à préciser qu’avant chaque cours où j’introduis le shocknife, je montre des photos de personne qui ont été coupées aux couteaux pour leur faire comprendre que le couteau et la défense, ce n’est pas un jeu. Quand je montre les photos j’ai toujours les mêmes réactions « oh putain, oh mon dieu… ».

PROTEGOR : As-tu des conseils de self-défense ou d’entraînement pour les lecteurs de PROTEGOR ?
Jean Carrillo :
Oui. Etudiez la psychologie de l’agression, la manipulation des gens et surtout développer votre agressivité. Pour gagner dans la rue il faut être plus vicieux que l’agresseur. Retenez deux points concernant l’agresseur :
1 / il ne veut pas se faire arrêter,
2 / il ne veut pas que vous lui fassiez du mal.
Plus vous gagnez du temps et plus il aura peur de se faire arrêter.
Plus vous le frappez violemment dans les zones sensibles du corps et plus le doute s’installera chez lui.
Rappelez-vous,  l’agresseur vous a choisi car il pense que cela va être facile et que vous êtes une victime facile, très bien, réconfortez-le dans sa décision et mettez son égo en valeur, mais quand sa vigilance est au plus bas, alors c’est à ce moment là qu’il faut frapper !

Merci a toi de m’avoir donné l’opportunité de présenter le Strike Combat System et merci aux lecteurs de Protegor.

Merci Jean !


bailleul0ZOOM — Arnaud Bailleul, instructeur de Strike Combat System dans la Sarthe

PROTEGOR : Pourquoi t’être tourné vers le Strike Combat System ?
Arnaud Bailleul :
J’ai pratiqué plusieurs disciplines martiales telles que le judo, le karaté ensuite je me suis tourné vers des sports de contacts tels que le muay thaï et la boxe anglaise où il y avait plus d’impacts. Mais je ne trouvais pas exactement ce que je recherchais donc je me suis tourné vers la pratique de la self-défense avec le Strike Combat et le Krav Maga qui sont 2 méthodes de self-défense différentes. J’ai donc effectué un stage d’instructeur de Strike Combat avec Jean Carillo. Ce système de défense m’a tout de suite séduit par la simplicité et l’efficacité des techniques. De plus le contact est bien passé avec Jean qui nous a dispensé une formation de qualité.

PROTEGOR : As-tu des EDC particuliers & des conseils sur ce sujet ?
Arnaud Bailleul :
Personnellement je porte une griffe (j’en ai deux, 1 modèle de Fred Perrin dont la renommée n’est plus à faire et la Moon Kiss de Bastinelli Créations donc j’en change régulièrement). Bien entendu je le rappelle ceci est un choix personnel car il est strictement interdit par la loi de porter un couteau. Le problème de la griffe portée autour du coup est qu’en cas de combat l’agresseur peut saisir la paracorde ce qui peut engendrer un étranglement. Sinon je porte aussi une lampe tactique LD 10 de la marque Fenix. Il n’y a pas plus puissant dans cette petite taille avec une pile standard AA LR6. Elle dispose de plusieurs modes : faible puissance (9 lumens) pendant 34h, puissance moyenne 47 lumens pendant 6h, forte puissance 94 lumens pendant 2h, mode Turbo de 120 lumens pendant 1h30, mode stroboscopique et mode S.O.S.. C’est une lampe également étanche à la pluie. Très pratique car elle a une bonne prise en main pour frapper et un éclairage puissant qui peut servir pour l’aveuglement d’un agresseur.

EDC Arnaud Bailleul

PROTEGOR : Quel est le profil de tes étudiants ?
Arnaud Bailleul :
Parmi les pratiquants on retrouve toutes sortes de profils des hommes, des femmes, des étudiants pour la plupart débutants qui cherchent un moyen de se défendre mais aussi qui leur permettent de prendre confiance en eux et ceci par le biais du Strike. On y trouve également des personnes ayant pratiqué 1 ou 2 ans voir quelques confirmés dans d’autres sports pieds-poings ou arts martiaux tel que le  Karaté,  le Viet Vo Dao, la boxe anglaise, la boxe thaï, etc. On peut aussi trouver des personnes ayant été victimes d’agression qui veulent apprendre à se défendre.
En bref dans le Strike on trouve un échantillon très varié de la population.

Vous pouvez contacter Arnaud par mail : strikecombat72[@]gmail.com.
www.strikecombat72.fr


Self-DéfenseEntraînement personnelRencontre avec un expert

Interview de Rémi F., médecin et passionné de nutrition

pilluleRémi F. est médecin anesthésiste-réanimateur dans un CHU. Passionné de nutrition et développant une expérience et expertise sur les principes diététiques, les « dopants de l’homme d’action » ou les compléments alimentaires… Rémi F. s’est prêté pour PROTEGOR au jeu des questions/réponses.
Car être en forme est primordial dans la sécurité personnelle, et être en forme, c’est avant-tout bien se nourrir.


Self-DéfenseRencontre avec un expert

Interview de Eric Quéquet, créateur de la « Défense de Rue »

Euric QuequetLa réalisation des photos du dossier Self-Défense de Karate-Bushido m’a permis d’échanger avec Eric Quéquet, que je ne connaissais que de réputation. Je me suis dit qu’un échange formalisé via un interview Protegor permettrait de partager avec vous. Merci à Eric pour ces anecdotes et conseils, il y a beaucoup à prendre.

Bonne lecture !


Eric QUEQUET, créateur de la « Défense de Rue »

Eric Quéquet est connu pour avoir mis au point le système de Savate Défense, une version Self Défense très réaliste des disciplines françaises historiques de combat. Puis Eric a quitté le monde de la Savate au profit de l’Académie Des Arts de Combat, un réseau rassemblant une trentaine de clubs de self-défense, à l’ « esprit commun ». Le concept enseigné s’appelle « Défense de rue », mis au point par Eric, en collaboration avec entre autres, Robert Paturel. Cette discipline est composée de trois méthodes aux apports convergents ; la Boxe de rue, La Lutte de rue et les Armes de rue et complétée par des stages de mise en situation nommées CATS (Concept d’Adaptation Tactique en Situation). Eric est aussi le concepteur d’une méthode de self-défense pour femmes, qui s’appelle « Amazon Training« . Il intervient aussi en entreprise depuis 1998 comme formateur spécialisé dans la gestion de la violence et des conflits.

Eric Quequet

PROTEGOR : Eric, tu étais policier au début de ta carrière ? Quel est ton retour d’expérience sur ces débuts ? Pourquoi as-tu quitté la police ?
Eric Quéquet : J’ai en effet été policier durant 14 ans, d’abord sur la voie publique à Meudon et Meudon la Forêt, puis dans le 18e arrondissement à la 2e Brigade Mobile d’arrondissement qui à l’époque faisait encore de l’anti-criminalité en tenue sur le deuxième district de Paris (le 1e 2e 18e et 9e arrondissement). Ensuite j’ai suivi une formation d’Animateur des Activités Physiques et professionnelles (sport, tir et technique de police) et j’enseignais aux collègues sur le 7e arrondissement ainsi que sur le 3e. Je me suis vite ennuyé et j’ai postulé pour rentrer au Service de Protection de Hautes Personnalités, au service des personnalités étrangères dans un premier temps, puis à la formation, puis à la protection présidentielle (GSPR). En 1997, j’ai décidé de quitter ce poste, puis j’ai choisi d’enseigner à l’école de Police de Vincennes pour, en fait , préparer ma sortie.
J’ai beaucoup aimé mes années police, elles m’ont appris énormément. J’ai eu plein de mésaventures formatrices et comme j’ai une bonne étoile je m’en suis sorti sans  trop de casse à chaque fois. Ne pas savoir ce à quoi on va être confronté au jour le jour correspondait bien à mon caractère qui se satisfait mal avec la routine. A Meudon j’ai fait mes premières armes mais ce n’était pas trop passionnant outre deux trois « coups de chaud ». Je me souviens par exemple d’une nuit où je conduisais l’officier de paix  pour sa permanence sur le département. Nous nous sommes retrouvés nez à nez avec un repris de justice armé et en crise (il venait de s’apercevoir que son meilleur ami couchait avec sa  femme pendant qu’il était en prison, ça énerve). Nous nous sommes mutuellement braqués à 5 mètres l’un de l’autre (façon John Woo pour les cinéphiles) et ça a duré un petit moment comme ça avant que l’un de ses proches ne vienne essayer de le calmer. A un moment ce dernier s’est interposé entre nous deux et lui a bloqué la main armée, je fais un départ de sprint et l’ai percuté avec l’épaule ce qui lui a fait lâcher l’arme et l’a sonné le temps de lui passer les menottes.
Dans  Paris ça bougeait plus, cela demandait beaucoup de vigilance. J’ai beaucoup appris à me servir de mes yeux et à interpréter les comportements. J’ai aussi appris avec un vieux de la vieille à m’adapter à l’interlocuteur, avoir l’air méchant avec certains et compréhensif avec d’autres. J’ai développé assez vite des aptitudes pour la négociation et résolu pas mal de cas de cette manière. Les gens ne voient en vous qu’un uniforme et vous avez tendance à ne voir en face qu’un délinquant ou un contrevenant. Quand un dialogue intelligent s’installe chacun des d’eux s’aperçoit qu’il y a un être humain en face, ça décrispe. Bien sûr des fois ça ne marche pas et là il faut passer à l’usage de la force. C’est pas forcément le plus facile et il faut s’entrainer pour ne pas faire n’importe quoi et rester professionnel…

Bien des années après j’ai quitté la Police parce que je sentais que cela changeait, que la politique prenait trop le pas sur le métier et qu’au final cela arriverait à une situation où l’on ne pourrait pas bosser correctement. J’ai aussi protégé quelques grands noms de la politique de droite et de gauche… et au final j’ai compris que leur monde n’était pas le notre et que je n’étais pas près à perdre ma vie pour eux. En résumé, et sans faire de politique, c’est toujours la même chose depuis la nuit des temps : une minorité à le pouvoir, l’argent et ce qui va avec, quelque soit leur tendance politique ils s’arrangent entre eux pour que cela reste comme ça. J’ai vu les gens que je protégeais, ou leur entourage, dépenser des sommes colossales, bénéficier de privilèges sur le dos de l’état… avec nos impôts. Cela m’a dissuadé de continuer à servir ce système. Je suis très attaché à l’éthique. J’ai donc décidé qu’il était temps de changer d’horizon, même si, je le confesse, je rêve encore très souvent que je suis en train de « courir après les voleurs », ce qui me plaisait le plus.

Eric QuequetPROTEGOR : Certaines situations t’ont-elles servi de révélations pour des concepts que tu enseignes aujourd’hui ?
Eric Quéquet : On peut presque dire que chaque situation m’a nourri pour construire ce que j’enseigne. Un exemple m’a fait toucher du doigt la nécessité de bien contrôler son environnement avant d’intervenir :
Un matin j’étais chef de patrouille dans une voiture (TV en langage policier) avec deux jeunes nouvellement arrivés à la brigade. Sur les ondes on nous demande de nous rendre place Stalingrad à Paris pour un individu violent et dangereux qui s’en prend aux passants. Rendus sur place je vois deux motards de la Police qui semblent en attente, paisibles… Je descends donc prendre contact avec eux en demandant à mes collègues de m’attendre. De là où nous étions nous ne pouvions voir le dessus de la place qui était un peu sur élevée par rapport à la route. Je salue les deux collègues persuadé que l’action était terminée, leur attitude me portant à le croire. C’est alors que je vois un type très énervé frapper de toutes ses forces un pauvre type qui allait au boulot, interloqué je me tourne vers les motards pour les engager à me suivre pour intervenir, l’un d’eux me dit texto « on attend les renforts ». N’y tenant plus je fonce sur le type qui se met en garde près à combattre. J’étais à cette époque compétiteur de Boxe Française et je m’entrainais fort, j’enchaine donc coup de pied circulaire à l’intérieur de sa jambe (trop) avancée immédiatement suivi d’une grande droite qui le choppe au menton et m’amène à frapper ma gauche dans le vide, sa tête ayant bougée sous le choc. Je l’ai rattrapé par les cheveux et planté un coup de genou au plexus qui mit un terme à sa combativité. Je me penche dans la foulée, le menotte et le relève. C’est à ce moment précis que j’ai dû esquiver (merci la  boxe !) une canette de bière qui m’étais destinée. Avec stupeur je me suis aperçu qu’il n’était pas seul mais 5 au total. J’avais été victime de mes émotions et de l’effet tunnel qui vous porte à focaliser sur un élément au lieu de checker tous les paramètres de la situation. D’un coup ce fut très inconfortable, je me servais du type menotté comme bouclier en reculant vers la chaussée en contrebas pour m’échapper. Les autres étaient comme fous et essayaient de me frapper pour libérer leur pote. Les motards transis de trouille ne bougeaient pas et moi je me sentais un peu seul au monde. C’est alors que Pierre un de mes jeunes collègues trouvant le temps long m’a vu en difficulté et est arrivé au galop, matraque au vent taper dans le tas pour me dégager. La fuite fut épique…. les gars sous alcool ne sentaient pas trop les coups et nous n’arrivions pas  à embarquer dans la voiture (qui avait fini par nous rejoindre) tout en se battant en reculant. Quelques minutes plus tard on repartait toutes portières ouvertes, moi sur la banquette arrière allongé sur le menotté couché sur le ventre, et en étranglant un autre que j’avais emmené avec moi. Bref trois types les uns sur les autres et trois paires de jambes qui dépassaient de la voiture en gesticulant. Pierre était à genou à l’envers sur le siège avant et essayer de menotter celui qui était sur le haut de la pile, ce qui lui valu un coquard…
Bref j’ai fait une belle faute professionnelle en intervenant sans analyse. Depuis quand mon instinct me dit qu’il y a un problème je prends le temps  d’analyser. Je regarde (gauche droite haut bas) j’écoute et j’essaye de comprendre. Je prends en compte le nombre de personnes en cause (visibles et non visibles) leur motivation, ce qu’ils ont dans leurs mains , dans leur poche ou à leur ceinture et,je situe une sortie pour fuir si il y a lieu. Je tiens également compte de l’environnement proche (objets, gênes, armes potentielles…) Cela m’a servi plusieurs fois.
Pour la petite histoire, mon copain Pierre fait une belle carrière dans la Police aux dernières nouvelles il était dans la BRI à Marseille, auparavant il était au GIPN et d’autres services qui bougent, c’est un vrai flic et je lui dois une fière chandelle. Quant aux deux motards….
Avec d’autres expériences j’ai appris que dans le stress faut pas faire du compliqué (faire simple est déjà assez dur) , que l’on réagit comme on s’entraine et que l’expérience réelle prime sur tous les entrainements. Enfin que les situations réelles ressemblent finalement assez peu aux situations de gymnase.
J’ai remarqué aussi que ce n’est pas forcément les plus costauds, sportifs et profilés qui réagissent le mieux dans l’action réelle. J’ai vu des petits gros qui ressemblent à rien réagir comme des héros et des warriors d’opérette se dégonfler…

Eric QuequetPROTEGOR : Après tu as donc créé la Savate Défense. Pourquoi la Savate ? Quel a été ton cheminement pour arriver à ce système ?
Eric Quéquet : Et bien en fait j’étais compétiteur en Boxe Française et moniteur. J’ai décidé d’aller plus loin et de passer un brevet d’éducateur sportif de Boxe Française. Je suis arrivé Major à l’examen ce qui m’a rapproché de la Direction Technique de l’époque, Jean Michel Reymond et Marc Bregère, (deux types excellents) qui m’ont un peu pris sous leur coupe.
Tous deux préparaient physiquement l’équipe de France et à leur contact j’ai énormément appris avec l’humour en plus. Un jour ils m’ont parlé d’un projet fédéral qui consistait à retrouver les vieilles techniques de self défense à l’origine de la Boxe Française et à en faire une discipline à part entière. Peu de gens le savent mais avant d’être un sport la Savate, comme on l’appelait, était un système de self défense et de combat de voyous. C’était l’exacte moment où je venais d’arrêter la compétition au profit d’un entrainement plus adapté pour la rue. Je n’avais rien trouvé qui me satisfasse alors je me suis mis à chercher avec quelques copains d’expérience. Eric Tiersonnier fut l’un des plus importants et pour ces recherches nous avons fondé l’Académie Des Arts de Combat, surtout afin de bénéficier de créneaux dans les gymnases parisiens.
Quand Jean-Michel et Marc ont eu vent de mes travaux ils m’ont demandé si le projet m’intéressait et si je voulais le monter du point de vue technique. C’est comme cela que tout a démarré.

PROTEGOR : Donc aujourd’hui, Eric Quéquet et la Savate Défense, c’est FINI ! n’est-ce pas ? Que s’est-il passé ?
Eric Quéquet : Et bien je me suis occupé de cela 10 années durant, j’ai formé une multitude d’enseignants pour le compte de la fédération. J’ai même dû payer mon voyage et mon logement pour le premier stage national que j’ai encadré ! Au résultat cela me prenait beaucoup de temps et la « machine fédérale » n’était pas vraiment reconnaissante. Elle me payait grassement l’encadrement de ses stages nationaux 1000 francs la semaine déclarés et imposés (pour 8 heures de boulot par jour pour ma pomme car le soir je corrigeais les devoirs).
Bref un moment j’en ai eu marre et j’ai préparé ma démission que je n’ai même pas eu le plaisir de présenter car l’un des cadres que j’avais formé et qui briguait ma place a monté une opération dans mon dos visant à convaincre le président que je montais des stages « illégaux » via l’ADAC. Celui-ci m’a déclaré « personna non grata » sans même vérifier l’information qui était totalement fausse. Personne d’ailleurs ne m’a rien dit je n’ai juste plus été convoqué aux réunions, ce qui ne m’a pas manqué d’ailleurs. J’ai juste apprécié l’inélégance.
Ce gentil cadre dirige donc maintenant la savate défense et a pris une autre direction avec son équipe. Nous ne faisons donc plus la même chose et de plus il interdit qu’un stagiaire porte un tee-shirt de l’ADAC dans ses cours. Il dit souvent que Paturel et Quequet c’est de l’histoire ancienne. Il a juste oublié qu’on l’a formé et aspiré dans la commission de Savate Bâton Défense et que l’ADAC a été le berceau de la Savate Défense.
« Si tu veux voir la nature profonde de quelqu’un donne lui du pouvoir » disait le sage… Le pire c’est que si je le croise demain il va me sourire et me serrer la main. Donc j’ai préféré me dissocier carrément après avoir écrit le livre « Savate Self Défense » aux éditions Chiron qui résumait l’ensemble de mes recherches sur le sujet. Il est intéressant de remarquer que je n’apparais plus sur les documents retraçant l’histoire de cette discipline, mieux ! certains de mes textes sur les documents de formation sont signés par d’autres. La fédération a cette faculté d’utiliser les compétences et de jeter les gens quand ils ont bien été utilisés, sans remerciement. Heureusement il y a aussi pleins de gens sympa qui jouent le jeu et font avancer les choses et puis soyons juste, monter la savate défense m’a appris à structurer une méthode et surtout à ne pas refaire les mêmes erreurs avec l’ADAC. Merci !

PROTEGOR : « Défense de rue » se découpe en percussion (boxe), préhension (lutte) & armes. Abordes-tu la « sécurité personnelle » (avant l’agression) dans ces cours ?
Eric Quéquet : Oui cela fait partie des choses que j’enseigne car pour moi c’est indissociable de la self défense. Croire que la défense consiste à répondre à une attaque X par une riposte Y est une hérésie ! L’avant par exemple est déterminant. Si vous n’êtes pas vigilant vous ne voyez rien arriver (ce qui vous prive d’anticipation) et vous êtes repérable. Un « prédateur » repère l’élément faible du troupeau, et l’une de ses caractéristiques est le manque de vigilance !
Le comportement non verbal, l’attitude, ce que vous dites ou non et la façon dont vous le dites sont  très importants. Et il y a encore bien des aspects à traiter…
Le problème c’est que tout le monde n’est pas réceptif à ce discours et que quand les gens viennent en cours c’est pour suer un bon coup et se donner le sentiment d’être efficace en apprenant quelques techniques. De plus les entrainements ont souvent lieu le soir, après le boulot et certains ont du mal à être concentrés. C’est pour cela que j’ai monté des stages spécifiques appelés CATS (Concept d’Adaptation Tactique en Situation). Ainsi je mets les stagiaires dans des situations scénarisées, dans des lieux de préférence non sportif et bien sur en tenue de ville sans échauffement. Ils doivent réagir, sous l’oeil de la caméra, à ces situations comportant parfois des pièges.
Ensuite on débriefe afin que cette expérience leur serve. Ce stage réaliste agit comme un vaccin. Il a éveillé plusieurs personnes qui ne se sont plus entrainé de la même manière après, il en a sauvé plusieurs autres qui se sont souvenus de ce qu’ils ont appris quand ils ont été confrontés à une vraie agression.
Le CATS existe depuis 1998 et n’est pas très connu (car pas médiatisés), c’est dommage car c’est une expérience très formatrice. Ils se déclinent en trois niveaux qui sont obligatoires pour les enseignants de l’ADAC.
Concernant cet aspect il faut savoir que je vis en partie grâce à cela car je mène en parallèle une carrière de formateur en entreprise. Je forme des personnels hospitaliers, des contrôleurs de titre de transport, des éducateurs et beaucoup de monde à faire face à l’agressivité et à la violence. Ceci m’a amené à me former pour pouvoir mettre des mots sur des expériences que j’avais eues. Ce n’est pas le tout de vivre et comprendre des choses encore faut-il pouvoir les transmettre, notamment à des gens qui ont très peur de la violence et qui n’ont pas d’aptitude au combat. Je m’intéresse beaucoup aux neuro sciences qui expliquent beaucoup de nos comportements. On y trouve des pistes intéressantes pour gérer les émotions et aussi pour s’entrainer efficacement.

PROTEGOR : Comment avez-vous constitué l’arsenal de techniques des Boxe & Lutte de rue ?
Eric Quéquet : Je suis parti du postulat suivant : je ne peux pas limiter mon enseignement à mon seul savoir faire. En d’autres termes, j’ai fait appel à des gens compétents pour que leur savoir complète le mien.
Pour cela j’ai réuni les gens que j’avais remarqués pour leurs aptitudes en matière de Self Défense et pour leur savoir être. C’est très important pour travailler ensemble que les egos ne soit pas trop ex-croissants. On trouve beaucoup de systèmes qui tournent autour d’une personne, émanation divine qui a réponse à tout et qui ne veut pas perdre son statut. Moi je me suis dit que ce serait plus efficace de mettre plusieurs cerveaux au service de nos recherches et surtout plus sympa.
L’équipe s’est donc montée avec Robert Paturel que l’on ne présente plus, Michel Benes qui a fait un gros travail sur la gestion de l’agressivité, Lionel Lalo qui lui a bossé sur les armes, Philippe Da Costa qui après un passé de compétiteur s’est mis à bosser dans la sécurité pour compléter son expérience et a monté la Lutte de rue, Philippe Hiegel prof d’éducation Physique spécialisé dans la préparation physique et quelques autres encore comme Pascal Tournier qui a bossé sur la Canne, Philippe David sur les enfants; Thomas Gilbert sur les ados…
Je suis le chef de projet en quelque sorte, je fixe les objectifs je laisse les gens travailler et me présenter régulièrement leurs travaux, pour éventuellement les réajuster. Nous expérimentons la méthode à peu près deux ans avant de la valider. Je demande un vrai travail de présentation, pas deux idées sur un bout de papier froissé. A la fin la méthode est présentée aux autres cadres qui l’essayent dans leur club et font une retour d’expérience.
Avec Robert et Michel nous avons écrit la Boxe de rue, fixé les contenus, les niveaux, les jeux pédagogiques, rédigés des fascicules etc… c’est un gros boulot. Sans compter qu’il faut remettre à jour, on a pas mal épuré depuis le lancement.
Au final je décide ce que l’on garde ou pas. Il faut que cela soit reproductible en situation de stress (pas trop compliqué donc), que l’on puisse le faire en vêtement de ville, que cela incorpore l’éventualité de la fuite. Je m’explique à ce sujet : si en lutte de rue on privilégiait les finalisations au sol (clés, étranglement etc) on passerait à côté de notre objectif. Finir au sol c’est très bien dans une salle de sport mais dans la rue trainer au sol est synonyme de vulnérabilité. On ne voit pas arriver les copains de l’autre par exemple qui vont jouer au foot avec notre tête. Mieux vaut se dégager au plus vite après avoir traité le cas N°1 pour faire éventuellement face au cas N°2 ou fuir si l’on peut.
Nous incorporons donc systématiquement l’éventualité d’un deuxième agresseur, ou d’une sortie d’arme. Nous apprenons aussi à se défaire des règles sportives, on oblige à mordre-pincer-frapper là où c’est efficace, etc.

PROTEGOR : Quelles sont les armes enseignées dans le module « Armes de rue » ?
Eric Quéquet : La ceinture, la revue, le stylo, la canne etc… en fait on divise par catégorie de maniement.
Par exemple les armes souples (ceinture, veste…) se manient d’une façon relativement commune, les armes rigides et courtes (étui à lunette, téléphone, stylo) ont aussi en commun une gamme de mouvements différents des armes rigides et longues (bâton, canne). Le tout est de ne pas oublier son savoir-faire vu en Boxe de rue et en Lutte de rue. Tout doit être cumulable, par exemple slatch de ceinture sur le cou suivi d’un coup de pied aux parties avant de fuir.

PROTEGOR : Quels sont tes EDC (« every day carry ») ?
Eric Quéquet : La ceinture , celle là même que je portais quand j’étais dans les rues, un stylo fétiche, un porte-clés et une matraque telesco en alu quand je vais dans des endroits peu recommandables. J’ai aussi une bombe au poivre. En fait j’ai un sac tout le temps avec moi avec plein  de choses dedans et je m’équipe en fonction. Cependant comme pour le reste je crois qu’il vaut mieux avoir des armes placées tout le temps aux mêmes endroits de manière à pouvoir les sortir sans réfléchir plutôt que de changer à chaque fois.
J’imagine que tu te demandes si j’ai un couteau et je te réponds oui ! Mais il n’est pas fait pour combattre. J’ai réfléchi la dessus et je recherche un couteau automatique à ouverture frontale (OTF, NDLR : « out of the front », dénomination anglophone pour un automatique communément appelé « cran d’arrêt ») avec un clip. J’en ai trouvé des biens mais très chers je prospecte encore. Sinon j’ai toujours aimé la griffe de Fred Perrin à condition de l’avoir par dessus le tshirt ce qui ne m’est pas toujours possible.

PROTEGOR : As-tu des conseils d’entraînement ?
Eric Quéquet : Pleins ! Mais ça fera sans doute l’objet d’un livre un de ces jours. Je dirai juste qu’il n’y a pas forcément besoin de salle ni d’horaire. La self défense se bosse partout et si l’on veut à tous moments. Se poser à un café et observer les gens c’est déjà de la self défense. Détourner l’attention de sa copine pour lui piquer son chocolat sur sa tasse de café c’est encore de la self défense (se protéger de la baffe qu’elle vous envoie si elle vous voit aussi). Écouter une conversation à la table d’à côté tout en conversant vous même c’est aussi de la self défense. Bref tout ce qui va mener à plus de vigilance et d’adaptabilité s’inscrit pour moi dans le cadre d’un travail utile en self défense.

PROTEGOR : Si tu avais 1 conseil à donner aux lecteurs de PROTEGOR là, comme ça, sans réfléchir, ce serait quoi ?
Eric Quéquet : Sers toi de tes yeux et pose toi des questions !

Merci beaucoup Eric.


Sécurité PersonnelleMatériels & équipements

Interview de Jess Plaiter, un professionnel de l’équipement

Jess PlaiterJess Plaiter est le Directeur Général de MP-SEC France que les « pro » connaissent bien, et de Terräng, distributeur d’équipements pour les particuliers déjà cité plusieurs fois sur ce blog. Jess Plaiter a bien voulu accorder une interview exclusive à Protegor et nous livrer sa vision de l’évolution de certains matériels… hope you’ll enjoy !


Sécurité PersonnelleConseils & astuces

Interview d’un policier du Forum des Halles

policier au forum des hallesLe Forum des Halles à Paris, véritable noeud des transports en commun parisiens au croisement des RER A & B, est situé en plein coeur de la ville. C’est aussi une zone commerciale d’envergure, un dédale de magasins, son multiplexe, etc.

Philippe B. intervient depuis trois ans en Police de proximité dans ce quartier et nous livre ici des retours d’expérience sur la vie dans les rues de Paris, et des conseils pour y éviter certaines mésaventures.


Philippe B., policier au Forum des Halles

arthur

Philippe B. (*) intervient depuis trois ans en Police de proximité dans le quartier de Châtelet (BPQ 01, la Brigade de Police de Quartier) et particulièrement au Forum des Halles, connu pour être, au cœur de Paris, un lieu à la sécurité changeante. Au contact au quotidien avec la délinquance qui peut toucher chacun de nous (insultes, agressions, vols, escroqueries, violence, etc.), Philippe B. nous livre ici un retour d’expérience sur la vie dans les rues du centre de Paris, et des conseils pour y éviter certaines mésaventures.

PROTEGOR : Le Forum des Halles mérite-t-il cette réputation, souvent appuyée par les journalistes, de lieux d’affrontements de bandes, de trafics divers et de piège à iPhone pour tous les djeuns du 16e (et pas que) ?
P.B. :
Cette réputation sulfureuse est entretenue depuis des années par les médias. Autant dire qu’elle n’est pas volée, mais il faut relativiser. L’insécurité a fortement baissé depuis cinq à dix ans d’après les dires de fonctionnaires de police plus anciens que moi sur le secteur. Malgré tout, le Forum des Halles et ses jardins continuent de faire de nombreuses apparitions dans les médias traitant du phénomène de bandes et de l’insécurité à Paris.

Concernant les bandes justement, on peut actuellement différencier deux phénomènes distincts :
- D’une part, les bandes ayant pris racine dans le quartier, qui ont la mainmise sur le trafic de stupéfiants. Elles sont implantées et vous les retrouverez chaque jour, au même endroit.
- D’autre part, les bandes de jeunes désœuvrés provenant de la banlieue parisienne qui viennent s’affronter au Forum des Halles, terrain « neutre ». Il serait difficile pour ces bandes, affiliées à des quartiers (Mafia Def pour La Défense, GDN pour Gare du Nord par exemple) de s’affronter sur un terrain ennemi dont ils ne maîtrisent pas la topographie.
Ce deuxième phénomène est, je crois, directement lié à l’image du quartier véhiculée dans les médias. Ces jeunes se disent qu’ils auront peut-être une chance de faire parler d’eux à la télévision. Les médias se disent, eux, que les affrontements se dérouleront ici et… c’est le serpent qui se mord la queue, l’un entretient l’autre.

PROTEGOR : Ton métier doit être assez anxiogène, en tous cas le stress très courant… as-tu eu affaire à des situations particulièrement stressantes et comment as-tu géré cela ?
P.B. :
Mes premiers pas de jeune policier sur le terrain n’ont pas été simples lorsque j’ai dû affronter cette délinquance. Je me souviens d’avoir souvent éprouvé de la peur durant les premiers mois. La peur de ne pas réagir correctement face à une agression que je pensais très probable. Au fil du temps on prend du recul, on arrive à jauger les personnes nous faisant face. Sans parler de routine, qui serait dangereuse, l’habitude d’effectuer des interventions récurrentes comme les contrôles d’identité nous permet de nous focaliser sur l’essentiel : notre sécurité. Les gestes sont plus adroits, la communication plus efficace. La peur irraisonnée disparaît rapidement et le stress est maîtrisé. J’ai pu remarquer que le stress lors d’une intervention de « crise » est salvateur. Il rend plus réactif et plus éveillé.
Je ne pourrais pas te raconter les quelques situations très tendues que j’ai pu vivre car je souhaite rester anonyme, mais j’ai déjà dû affronter des individus porteurs d’armes à feu. Et je peux dire que la peur n’a pas sa place lors d’une intervention de ce type. Le stress quant à lui est primordial comme je le précisais juste avant, c’est un allier indispensable. Les actes sont instinctifs. La peur intervient après coup, une fois le danger passé, on se repasse la scène. C’est aussi important d’en parler avec nos collègues intervenants, une sorte de debriefing informel qui nous permet de faire redescendre la pression et de pouvoir rentrer chez soi plus serein. Ce genre de situation reste tout de même exceptionnel et il ne faut pas s’imaginer que c’est une guérilla urbaine qui se trame au Forum des Halles.

PROTEGOR : Lors des contrôles que tu effectues, est-il fréquent de trouver des couteaux, des bombes lacrymogènes et autres « accessoires de défense » ?
P.B. :
Il n’est pas rare de retrouver des couteaux et autres coupe-coupes lors de palpations de sécurité sur les membres de bandes revendiquant leurs origines antillaises. Les règlements de compte à l’arme blanche entre trafiquants implantés dans le quartier sont périodiques.

Les bandes provenant de banlieue quant à elles, constituées de plus jeunes gens, préfèrent les bombes de gaz lacrymogène grand modèle ou encore des béquilles pour s’en servir de bâton. Ces jeunes gens se disent qu’en cas de contrôle policier, on ne pourrait pas leur interdire le port ou la détention de béquilles, et pour les gazeuses, ils s’en débarrassent sans remord dès qu’ils pensent que le risque de se faire contrôler par la police est trop élevé.
J’ai aussi pu remarquer que certains portent, plus discrètement, des chevalières creuses et dentées très efficaces pour blesser leurs victimes à coup de poings.

PROTEGOR : Quelles sont les types d’agressions « à la mode » en ce moment ?
P.B. :
Les agressions les plus courantes sont les vols à l’arrachée. Dans ce cas, il est assez rare de pouvoir réagir à temps, et surtout les victimes sont en général des personnes vulnérables telles que des jeunes filles ou des touristes étrangers. Les vols à la tire sont courants également, les pickpockets profitent de l’affluence de badauds certains jours et de la promiscuité notamment dans les transports en commun pour effectuer leurs larcins. Il s’agit de professionnels parfois âgés d’une douzaine d’années et dans ce cas, la victime ne se rend généralement compte du préjudice que bien plus tard. Pour éviter ce genre de désagrément, il est fortement conseillé de prendre ses dispositions avant en ne tentant pas les voleurs : éviter de téléphoner avec son portable dans la foule, fermer son sac à main et le tenir près de soi autant que faire se peut, exclure les poches extérieures de ses vêtements pour ranger les objets de valeur.
Les agressions gratuites sont très rares et souvent le fruit de personnes instables psychologiquement. Il y a eu quelques cas de coups de couteaux par des personnes de passage sur des badauds. Ce genre d’agression ne prévient pas et il n’est pas possible de s’en protéger. Mais le risque de croiser le chemin d’un fou dangereux armé et qu’il s’en prenne à soi est infiniment moins élevé que d’avoir un accident de la route.

Bien qu’il ne s’agisse pas d’agression à proprement parler je souhaite vous communiquer deux méthodes de vol par ruse très en vogue actuellement assez élaborées. Les deux méthodes sont effectuées par deux individus minimum.
- La première est dite du « judoka » ou du « footballeur ». Le premier individu s’approche de vous en venant de face et vous parle en mimant une prise de judo ou effectue un jeu de jambes afin de faire diversion pendant que son comparse vous fait les poches.
- La seconde se déroule durant un retrait d’espèces en distributeur automatique de billets (DAB). Vous venez de taper votre code et de choisir le montant à retirer. Deux individus s’approchent de vous de chaque côté. L’un d’eux pose sur le DAB une chemise cartonnée avec une feuille comportant des inscriptions et subtilise les billets qui viennent de sortir en passant sa main dessous pendant que le second vous parle simultanément. Cette action est très rapide et il arrive que des victimes ne se rendent pas tout de suite compte du préjudice, laissant le temps aux auteurs de prendre la fuite. Pour les victimes les plus réactives, la supériorité numérique des voleurs empêche toute rébellion. Parfois les auteurs ayant visualisé le code de la carte bleue la subtilise également.

PROTEGOR : D’après tes échanges avec les « anciens » du quartier, constatent-ils une évolution des mœurs des malfaiteurs ?
P.B. :
La délinquance sur le secteur du Forum des Halles a évolué. Les trafics illicites implantés sont beaucoup moins nombreux depuis quelques années, c’est le fruit d’une présence policière constante et relativement efficace. Les malfaiteurs ne sont pas moins ni plus dangereux qu’avant. Ils sont moins nombreux et plus mobiles. Il s’agit de délinquance « de passage ».

PROTEGOR : Y a-t-il des endroits en particulier que tu recommandes d’éviter, car il vous y est très difficile d’assurer la sécurité ? (dédale de couloirs, complexité d’approche, etc.)
P.B. :
Le Forum des Halles et ses jardins n’ont pas de secret pour les fonctionnaires de police qui y travaillent quotidiennement depuis des années. La coopération entre forces de police et agents de sécurité privée du Forum est telle qu’aucune zone du quartier n’est laissée pour compte. Le quartier compte en permanence plusieurs dizaines de policiers sur le terrain prêts à intervenir au moindre appel et patrouillant à pied, en rollers et en VTT. Sans compter les agents de sécurité privée exclusivement présents dans l’enceinte même du Forum des Halles.

PROTEGOR : Pour pouvoir assurer ta propre sécurité au quotidien, as-tu des équipements personnels en plus de ce que peut te fournir le Ministère de l’Intérieur ?
P.B. :
Heureusement ou malheureusement, l’administration ne permet pas le matériel personnel de défense en service.
Certains services de la Brigade de Police de Quartier sont plutôt privilégiés en matériel d’intervention. Ils possèdent, en plus des courants tonfa (bâton de police à poignée latérale) bâtons télescopiques et bombes de gaz ou gel CS grands modèles, des TASER et des FLASHBALL.

PROTEGOR : Quand tu n’es pas en service, et en civil donc, quels sont tes EDC (« every-day carry »), et sur quoi comptes-tu pour ta sécurité ?
P.B. :
Le Ministère de l’Intérieur peut fournir une bombe lacrymogène CS petit modèle. Je ne m’en sépare jamais mais suis également équipé de matériel personnel discret qui restera confidentiel. Les fonctionnaires de police ont le choix de rentrer avec leur pistolet administratif de dotation personnelle. Choix que je n’ai pas fait. Comme toute chose, je crois qu’il faut relativiser : nous sommes quotidiennement confrontés à une petite ou moyenne délinquance, plus rarement à des faits plus graves. Mais c’est notre fonction qui veut cela, et en tant que citoyen lambda lorsque la fin de service est arrivée, même si notre sens policier reste en éveil, il est très rare d’être confronté à une agression. Comme tu le dis très justement dans le guide PROTEGOR, il s’agit de trouver son propre équilibre pour vivre en sérénité sans verser dans la paranoïa ou à l’inverse dans l’inconscience.

PROTEGOR : As-tu des conseils de sécurité personnelle à prodiguer aux lecteurs de PROTEGOR ?
P.B. :
Toujours éviter de tenter le diable en ne manipulant pas ostensiblement un objet de valeur. La meilleure des défenses est de faire en sorte de ne pas donner renvoyer une image de victime aux délinquants, qui agissent comme des prédateurs et sont à l’affût de victimes potentielles. Si malheureusement la confrontation est inévitable, je conseillerai de surprendre l’assaillant qui n’est généralement pas habitué aux rébellions. Crier pour alerter d’éventuels témoins, et fuir rapidement si cela est possible. Si, à l’inverse vous pensez pouvoir gérer la situation ou ne pas avoir le choix, pensez surtout à mémoriser son visage ou toute information qui pourrait être utile à son interpellation ultérieure (description physique et vestimentaire, plaque d’immatriculation, modèle et couleur pour un véhicule).
Enfin, dès que le danger immédiat est passé, appelez le 17 pour une intervention en urgence des services de police ou gendarmerie en expliquant clairement : les raisons de l’appel, le lieu où vous vous trouvez et toutes autres informations que vous jugerez utiles.

Merci Philippe !

(*) à la demande de notre invité, son nom a été modifié


Survie UrbaineAide juridique

Légitime défense !

laurent-franck-lienardLa concept de légitime défense est au coeur des pré-occupations de sécurité personnelle. Les textes de loi sur le sujet sont clairs, toutefois ils rendent souvent compliqué la démonstration qu’un acte de défense est bien « légitime ». Chaque lecteur a d’ailleurs sûrement déjà entendu parler d’une affaire où une « victime » avait perdu juridiquement face à son « agresseur » car elle s’était défendue. J’ai demandé à un véritable spécialiste en la matière de nous éclairer un peu sur le sujet : Maître Laurent-Franck Liénard. Avocat spécialisé, auteur de l’excellent ouvrage Force à la Loi, il a bien voulu répondre à une interview exclusive pour PROTEGOR.


Laurent-Franck LIENARD, la défense légitime

Laurent-Franck LiénardMaître Laurent-Franck Liénard est un avocat spécialisé ente autres, dans le traitement des cas de «légitime défense». Il défend aussi bien des particuliers que des professionnels dans des cas où la victime a employé la force contre son agresseur. Par ailleurs, Maître Liénard est auteur de plusieurs ouvrages, le dernier s’intitulant Force à la Loi : Analyse juridique et judiciaire du port et de l’usage des armes par les forces de l’ordre. Il a bien voulu accorder une interview exclusive à PROTEGOR et répondre aux questions que nous nous posons tous sur le sujet de la légitime défense.

PROTEGOR : Cher Maître, commençons directement par un cas concret (*) pour bien entrer dans le vif du sujet. Samuel, 32 ans, se fait agresser dans un couloir du métro parisien par deux grands gaillards qui veulent voler le Blackberry qu’il tient à la main. Les deux agresseurs ne sont pas armés, mais l’un d’eux attrape Samuel au cou, le plaque dos contre le mur et appuie fort. Samuel donne un coup de genou à ce premier agresseur pour prendre un peu de distance, et sort une bombe lacrymogène qu’il utilise contre ce même agresseur. Le second agresseur réagit alors en saisissant Samuel violemment à l’épaule, Samuel le frappe au visage avec le fond de la bombe lacrymogène, ce qui lui permet de se dégager et de s’enfuir. Quelle analyse ferait le législateur s’il devait se prononcer sur ce cas (imaginons que des témoins ont décrit la scène ainsi) ?
Laurent-Franck Liénard :
Votre première question pose plusieurs difficultés. Tout d’abord, ce n’est pas au législateur de faire l’analyse de votre cas concret, mais au magistrat qui aura à connaître de ce cas. La différence est importante, dans la mesure où ce que prévoit la loi doit être appliqué par les hommes et qu’il existe souvent des écarts importants entre les prévisions légales et l’application qui en est faite par les juridictions. Par ailleurs, il est très difficile de donner un pronostic de ce que sera la décision d’une juridiction tant l’application de la loi est différente en fonction des hommes qui sont appelés à juger. Sur le plan du droit, la scène que vous décrivez entre bien évidemment dans les prévisions de l’article 122-5 du Code Pénal qui prévoit le fait justificatif de légitime défense. Dans votre cas d’espèce, une agression est en cours, en réunion, contre un homme seul. Les coups qui sont portés par la victime, quand bien même il utilise une arme, le sont dans le cadre strict de la légitime défense puisqu’ils ne visent pour la victime qu’à se soustraire à l’agression dont elle fait l’objet. Le seul point qui serait étudié éventuellement par le magistrat serait la nécessité d’asperger de gaz lacrymogène le premier agresseur alors même qu’il semble avoir mis hors d’état de nuire par le premier coup frappé. D’une manière générale, la scène que vous décrivez entre toutefois bien dans les prévisions légales de l’article 122-5.

PROTEGOR : Un autre exemple concret (*) : Bruno, 45 ans, est tireur sportif. Il détient chez lui une arme de poing en 9mm, qu’il garde au coffre, selon les modalités de la loi sur la détention d’armes. Il vit avec sa femme dans une maison en périphérie de Bordeaux, et une nuit il est réveillé par un bruit au rez-de-chaussée, sous leur chambre. Il se lève, sort son arme et la charge. Il descend et se trouve nez-à-nez avec un individu armé d’un pied de biche massif. Ce dernier arme son geste pour frapper Bruno avec l’outil, Bruno tire 2 coups rapides dans le buste de l’agresseur qui sera sérieusement blessé mais ne décédera pas. Même question que précédemment, sachant que cette fois-ci il n’y a logiquement pas de témoins extérieurs à la scène ?
Laurent-Franck Liénard :
Ici encore la scène que vous décrivez entre dans les prévisions de la loi. Il ne s’agit pas de l’article 122-5, mais cette fois de l’article 122-6 du Code Pénal qui présume en état de légitime défense celui qui accomplit un acte pour repousser, de nuit, l’entrée par effraction, violence ou ruse dans un lieu habité. L’utilisation d’une arme détenue à titre sportif ne pose pas de difficulté en droit. Le fait également de s’en saisir et de la charger en vue de se défendre ne pose pas de difficulté juridique. La question qui se posera sera celle de la proportionnalité entre les coups susceptibles d’être portés par l’agresseur et la riposte appliquée par Bruno. La légitime défense est une rencontre entre un moyen et une probabilité d’atteinte. Si l’agresseur est au contact de sa victime, armé d’un pied de biche, et qu’il risque de frapper sa victime sur la tête, il en découle bien évidemment un risque extrêmement grave.
Dans ces conditions, la vie de la victime étant directement menacée, il peut appliquer un tir mortel. La deuxième difficulté sera celle de démontrer la réalité des faits. L’article 122-6 du Code Pénal renverse la charge de la preuve de sorte que ce sera au Parquet de démontrer qu’il n’y avait pas de légitime défense. Bruno se trouve donc dans une situation favorable sur le plan légal.


Force à la Loi

PROTEGOR : Merci pour ces analyses. Les textes de loi relatifs à la légitime défense sont connus, mais y a-t-il des cas de jurisprudence qu’il est intéressant de connaître car ils sont venus bouleverser la façon de traiter ces cas de « répliques par une victime » ?
Laurent-Franck Liénard :
Les cas de légitime défense sont traités par les Tribunaux ou par les Cour d’Assises et constituent, à chaque reprise, des cas d’espèce. Il est très rare qu’une question touchant au fond du droit soit suffisamment abordée pour qu’elle donne lieu à publication. De ce fait, il y a peu de cas de jurisprudence utiles à la compréhension de la légitime défense. En tout état de cause, il n’y en a pas de nouvelles par rapport à celles que j’ai décrites dans mon ouvrage.

PROTEGOR : Pouvez-nous rappeler la notion d’instantanéité de la défense (ie vengeance versus légitime défense) ?
Laurent-Franck Liénard :
La légitime défense suppose la réunion d’un ensemble de conditions qui sont prévues par la loi. Il est indispensable notamment que la riposte soit instantanée et nécessaire. Cela veut dire que, pour que les coups portés échappent à une répression pénale, il faut qu’ils aient eu pour seul but que d’échapper à l’agression dont l’auteur de ces coups faisait l’objet. Dès que l’agression a cessé, ou que l’agresseur n’est plus en état de constituer un danger, soit parce qu’il a été mis hors d’état de nuire, soit parce qu’il a pris la fuite, les coups qui lui seraient portés ne seraient plus nécessaires et constitueraient de ce fait des violences volontaires susceptibles d’être poursuivies pénalement. Tel est le cas lorsque des policiers tirent sur une voiture qui vient de passer et qui a manqué de les écraser, ou d’une personne qui se défend en portant des coups à son agresseur et continue à le frapper alors que cet agresseur est manifestement hors d’état de nuire. Ensuite, bien évidemment, tout est une affaire d’appréciation par les magistrats qui devront connaître de l’affaire.

PROTEGOR : Pour nos lecteurs qui se trouveraient agressés et qui répliqueraient face à leur agresseur, quels seraient vos conseils pratique de protection juridique immédiate ?
Laurent-Franck Liénard :
Les conseils pratiques sont décrits dans mon ouvrage. Les principes fondamentaux sont de ne jamais mentir, de faire les déclarations les plus limitées possibles, retenir les témoins de la scène afin d’avoir plusieurs versions de ce qui s’est passé. Il faudra bien évidemment s’assurer de l’assistance d’un conseil efficace et spécialisé.

PROTEGOR : Ceux qui portent un intérêt fort à leur sécurité personnelle sont souvent conscients de la très forte difficulté à prouver une situation légitime défense, et préfère souvent se réfugier sur l’adage américain « je préfère être jugé par 9 que porté par 6 » (autrement dit, je préfère aller en prison que mourir). Connaissez-vous des cas, peut-être chez des professionnels de la sécurité, où la pression juridique sur le respect des règles de défense a probablement entraîné la mort de la victime ?
Laurent-Franck Liénard :
Je ne connais pas personnellement de cas dans lesquels la pression juridique a entraîné la mort directe de la victime. En revanche, je connais un ensemble de cas, très nombreux, dans lesquels le doute a entraîné un temps de réponse trop important et des blessures graves. Je peux même vous dire que, dans les dossiers que j’ai traités, la très grande majorité des affaires présente cette caractéristique d’une réponse trop tardive de la personne agressée, notamment justifiée par l’inhibition qui frappe chacun de nous à porter des coups à notre agresseur.

PROTEGOR : Bon nombre de nos fidèles lecteurs sont belges & suisses (je pense aussi à nos amis québécois, aux différents pays du Maghreb & d’Afrique sub-saharienne, etc. mais je ne peux pas demander une étude mondiale à notre invité ;-) ) ; les lois en Belgique & en Suisse sont-elles très différentes de celle appliquée en France sur le sujet de la « légitime défense » ?
Laurent-Franck Liénard :
L’application de la loi française et sa connaissance sont suffisamment techniques et difficiles. Je n’ai pas de connaissance particulière en matière de droit belge ou suisse.

PROTEGOR : Si l’un de nos lecteurs avait besoin de votre aide pour le défendre dans un cas de « légitime défense », comment peut-il faire appel à vos services ?
Laurent-Franck Liénard :
Etant avocat à la Cour d’Appel de Paris, mes coordonnées figurent dans l’annuaire.
Je vous les rappelle : 5 rue Edouard Fournier – 75116 PARIS – Tél. : 01 56 91 29 29, Télécopie : 01 40 72 62 05
E mail : lflienard[at]orange.fr ; Je reste bien évidemment à votre disposition, ainsi qu’à celle de vos lecteurs.

(*) ces exemples concrets sont inventés de toutes pièces et ont pour unique objectif de mieux comprendre la notion de Légitime Défense, en France

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