Enseigner la sécurité personnelle à un enfant ?

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Je reçois de nombreux mails autour de l’enseignement de la self-défense (ou plus généralement de la sécurité personnelle) aux femmes, aux enfants, aux ados, aux seniors, aux handicapés, etc. La raison est qu’il n’y a pas encore vraiment d’enseignement de référence pour ces enseignements spécifiques (ça commence à bouger côté femmes, mais pour les autres, ya du boulot).

Alors, « comment enseigner la notion de sécurité personnelle à ses enfants ? »… voilà une vraie bonne question.
Et moi, je n’ai pas de gosses et je suis super emmerdé pour répondre.

J’ai posé la question à « Ed’s Manifesto » sur facebook. Ed est policier à Mexico et tient un Tumblr intéressant et très terrain.
Voici sa réponse :

« The sacrifice of living a sheltered life is being one step behind those that haven’t… as far as making yourself a target.

This is true for children in my opinion. One should seek to provide them with experience by taking them to do volunteer work in the city, youth groups, survival, camping.. All of these build observational skills and makes kid ask question and exposes them to the world….

Its one thing explaining the realities and another actually seeing it.

I’d rather give a kid a solid formation in fist aid, survival and experience than any self defense karate class out there. Putting kids inside a dojo is just not the answer.

As far as teaching them specific personal security and countermeasures. That is up to each parent to decide.

Personally, I’m going to try and give my kids a solid knowledge of how to defend themselves. I’d rather do it than someone I barely know… »

En français, ça donne :

« Le sacrifice de vivre une vie bien protégée vous met un cran derrière ceux qui n’ont pas ce privilège… ça fait de vous une cible. Cela est aussi vrai pour les enfants à mon avis. On devrait chercher à leur faire avoir des expériences en les amenant à faire du travail volontaire pour la ville, à être dans des groupes de jeunes, à leur faire comprendre la survie, à leur faire faire du camping, etc. Tout cela construit les compétences d’observation et incite les enfants à poser des questions et à s’exposer au monde…

C’est une chose d’expliquer les réalités de la vie, c’en est une autre de les voir en vrai.

Je préférerais donner à un enfant une formation solide aux premiers secours, en survie et des expériences de vie plutôt que de le mettre dans un cours de Karate Self-Defense. Mettre les enfants dans un dojo n’est pas la réponse.

En ce qui concerne l’apprentissage de règles de sécurité personnelle spécifiques, à chaque parent de décider. Pour ma part, j’essaie de donner à mes enfants une connaissance solide de comment se défendre eux-mêmes. Je préfère leur enseigner moi-même plutôt que par une personne que je ne connais pas. »

Alors, cours d’arts martiaux ou pas pour les kids ? Favoriser les expériences en groupe, à la campagne, et plus généralement les exposition aux réalités & à la dureté de la vie ? Vous en pensez-quoi ?

Un grand merci à Ed pour sa réponse « de terrain ».

13 Comments

  1. kraphi

    10 mai 2015 at 9:21

    Je suis d’accord sur le fond dans la hiérarchie de l’utilité. Il est préférable d’enseigner la protection personnelle à un enfant (comprendre un environnement, éventuellement dangereux,et s’éloigner du danger, humain ou non-voiture, feu, etc….) plutôt que la self défense. (Il faut un cadre très particulier pour qu’un enfant puisse être amener à défendre sa vie face à une action hostile).

    Sur le fond du « fond » 🙂 (la philosophie de la chose), je pense que des parents dignes de ce nom doivent fournir à un enfant un environnement où il n’a pas à se soucier de protection personnelle et de self défense. (c’est plutôt à l’adolescence où, à mon sens, l’émancipation progressive doit s’accompagner d’une formation à la self défense/protection personnelle/protection contre la pression sociale – des hommes meurent dans leur adolescence, d’avoir voulu prouver quelque chose à d’autres…)

    La mode de vouloir que ses enfants apprennent la self défense, me semble plus être le signe que les parents sont « dépassés » : Ils sentent qu’ils maitrisent beaucoup moins bien l’environnement qu' »avant » et il ont une réaction épidermique : Vouloir protéger leur enfant de ces changements. En clair, à mon sens, c’est plus les parents qui devraient s’interroger ….. Si on pense que l’environnement justifie d’apprendre la self défense à ses enfants, il y a des questions de fond à avoir sur ses choix de vie (et de lieu de vie). Je pense que beaucoup de parents préfèrent répondre à cote de la question …. La self défense pour enfant devient un symptôme la « pensée magique » au lieu de répondre réellement à un problème beaucoup plus complexe ….

    • Galaad

      10 mai 2015 at 16:05

      Merci pour la bouffée d’air de rationalité.

      J’ai jamais pratiqué les arts martiaux. Mais si je devais y mettre des gamins ce serait plus pour son développement personnel (activité physique, socialisation avec d’autres mioches et des adultes, apprendre la philosophie de vie qui va avec) que pour latter des couilles à la récré et high-kicker des hypothétiques bad-guys.

      Et ça serait qu’un bonus (comme tout les loisirs, hobbies…) à ce qui est le pilier de l’apprentissage de la vie, une formation académique et professionnelle solide. Parce qu’il y a beaucoup plus de chance de devoir affronter le monde du travail et ses déboires que de jouer à Karaté Kid pour sauver son amoureuse de Ninja malfaisants d’un clan rival.

      Bref comme d’hab’, qu’est ce qui semble le plus sensé? Faire un stock de 10 ans de bouffe et de munition en cas de fin du monde? Ou bien mettre des ronds de coté sur un plan d’épargne pour financer les études de docteur du gosse?

      On en revient au niveau tolérable de paranoïa de Protegor. Faut faire une analyse réaliste et objectives des risques encourus (gravité et probabilité) pour ensuite prendre des mesures adaptées.

      • William MARIGNAN

        14 septembre 2015 at 12:54

        @Galaad merci pour cette vision intéressante et ponctué d’humour.
        De ma fenêtre l’éducation des enfants à la sécurité personnelle passe par plusieurs étapes avant d’atteindre ce dont parle le policier mexicain.
        Tout d’abord l’étape infantile: l’enfant marche et à un adulte à moins de 2m, la pas besoin de lui expliquer grand chose il ne sait ni lire ni écrire, mais les principes de base du NON à tout ce qui est étranger est pas mal (quoi que peu sociable), j’en ai vu l’application lorsque la fille des voisins est venu à la maison et répondait non à tout ce que je lui offrais, pas de bonbons, pas de cadeau, rien, cela évite les contacts sociaux mais aussi les contacts avec d’éventuels psychopathe.
        ensuite l’étape garnement ou il parle comprends sait lire, la comment dire, je dirai que ça dépendra de sa personnalité et il se fera une idée dans les cours d’école, soit il sera le lion soit il sera l’agneau et on aura beau lui enseigner la philosophie de Bruce LEE, ça sera la loi du plus fort, le plus baraqué (gros à cette age) domine le plus faible (maigre et menu à cette age).
        Ensuite vient l’étape prépubaire l’étape ou l’enfant prend contact avec son corps découvre le sport, le je crois qu’on est en plein dedans pour l’application de la méthode mexicaine ou autre ou je mettrai un peu d’art martial (j’en fait depuis 4 ans, cela permet de mieux gérer les conflits) et un peu de self défense.
        Ajouté à cela je rajouterai un peu d’électronique (de par mon métier et ma passion) pour que l’enfant puisse prévenir papa ou maman en cas de besoin et il est paré pour le monde de l’école et l’apprentissage de le vie (survie ?) en milieur scolaire.
        En même temps je n’ai pas d’enfants mais j’ai déjà quelques idées si j’en ai un jour, il vaut mieux prévenir que guérir.
        Merci

  2. Guillaume [admin]

    10 mai 2015 at 16:34

    Echanges vraiment intéressants !

  3. Galaad

    10 mai 2015 at 18:35

    Guillaume, tout les survivalistes du dimanche sont enfermés dans leur bunker depuis 2012, fiers de s’imaginer les plus malins parce que eux survivent.
    Et il y a les gens normaux qui eux vivent et ont une approche raisonnée de la défense personnelle et qui par conséquent peuvent discuter.

    J’ai l’impression que la blogosphère a muté en fait. 2012 a été un fiasco. Tout le contenu culturel zombie/post-apo a été discuté et les gens réalisent que la survie c’est temporaire. Le seul truc qui a l’air de s’en rapprocher c’est les « résilients » qui veulent vivre en relative autarcie (bah oui faut bien bosser pour acheter un filtre Katadyn et le toubib quand on est malade).

    Je pense que beaucoup de monde a réalisé l’incohérence de certains concepts : les BOB par exemple. Avoir un sac et du matos qui a couté des sous et qui dors sans jamais servir, finalement c’est pas drôle. Avoir un kit de survie voiture pareil, ça sert vite fait pour ceux qui vivent dans les régions neigeuses. Le reste des gens ça change absolument rien à la vie et ça coûte du fric qu’on aurait bien dépenser ailleurs.

    En gros il y a eu une sorte de « soufflé » qui a gonflé depuis 2001 (les attentats et la démocratisation d’internet on réveillé la communauté prepper US) puis 2004 l’anthrax, les épidémies H1N1, la mode zombie, l’ambiance 2012… Et depuis le soufflé est retombé. Par ce que les enjeux de sécurité n’étaient pas personnel mais collectifs et finalement pas si mal gérés par les décideurs publics. Par pas trop mal j’entends : dans notre contexte français que ça a rarement été la catastrophe annoncée et quand ça a été le cas, il eut été difficile de mieux anticiper/gérer à moindre coût.

    J’ai l’impression qu’il y a un peu le même « effet soufflé » pour la sécurité informatique. Tout le monde pense que les enjeux sont de protection de la vie privée, d’espionnage par l’Etat… Bref des enjeux personnels. Alors qu’en fait ce qui émerge c’est l’espionnage industriel (Red teaming, social engineering) entre entreprise et entre Etats.

    Ça me rappelle des expériences sur la rationalité limité des individus. Une des principales méthodes visant à voir comment les gens perçoivent et valorisent des risques ou des investissement de court-terme et de long-terme. Les conclusions c’est que les gens ont souvent tendance à surestimer les risques, à sous-estimer les bénéfices, à favoriser le court-terme, délaisser le long-terme, maximiser leur profit personnel plutôt que le profit collectif.

    Là pour les minots, c’est presque ça. Est-ce qu’il vaut mieux payer des cours de Karaté à son môme pour qu’à court-terme il mawachigérise ceux qui veulent lui piquer son goûter ou bien mettre de coté sur une assurance vie pour qu’il ait un pécule en cas de pépin? Je dirai même est-ce que le mioche il vaudrait pas prioriser son apprentissage du bien manger (l’alimentation joue beaucoup sur la qualité et l’espérance de vie), à respecter le code de la route (1ère cause de mortalité chez les moins de 25 ans), à ne pas fumer (1/2 des fumeurs meurent des causes du tabac). Bref ce qui fait vraiment mourir les gens. Bref apprendre à bien prioriser les choses.

    J’exagère volontairement mes exemples mais je pense que tout le monde en saisi l’essence. Et je tiens à le redire, les arts martiaux c’est une très bonne activité pour les enfants, mais leur faire faire avec comme objectifs N°1 la self défense, c’est le signe d’un très mauvais risk-management.

    • Guillaume [admin]

      10 mai 2015 at 18:59

      Je suis d’accord avec ton analyse.

      Sur les tendances globales, je discutais avec David Manise (dont j’apprécie énormément les réflexions) avant hier et il me disait que son analyse était que la tendance était à la ré-appropriation. On est de plus en plus à vouloir se sentir indépendant sur plus d’activités, alors que la société nous pousse à déléguer beaucoup de choses. Finalement, avec l’éducation c’est peut être un peu ça la clé aussi. On peut facilement être dé-responsabilisé (de sa sécurité, de celle de sa famille, de l’éducation … et de plein d’autres choses) si l’on se laisse porter.

      Sur les arts martiaux… si j’avais un gosse, j’aurais envie (s’il a envie) qu’il fasse des arts martiaux, car je sais ce que ça m’a apporté (confiance en soi, maîtrise de ses gestes, …). Mais pas pour qu’il mawashigerise à l’a école (ou ailleurs) 🙂

      De la self pure pour adulte appliquée telle quelle à des gosses, ça peut être la catastrophe en fait même je pense (risque de développer de l’agressivité au lieu de la confiance par exemple). Après, un petit stage de temps en temps de « sécu perso » avec des premiers secours, des vidéos pour la prise de conscience, et des mises en situation un peu physique, à voir.

      Côté arts martiaux, les tendances sont à la chute des arts martiaux traditionnels, et au développement du MMA côté sport, et de la self côté pratique. MMA et self sont des activités d’adultes, et je pense qu’il reste à inventer les cours de MMA et les cours de self pour enfants, pour leur apporter ce dont ils ont besoin à leur âge. Un beau projet pédago pour les profs qui veulent s’y lancer.

      • didier

        11 mai 2015 at 0:19

        Tout à fait d’accord Guillaume avec ton commentaire

        • Machin

          22 août 2015 at 12:56

          Réponse tardive.
          Quand j’étais gosse, j’ai bien aimé le judo. C’était en plus géré par un prof qui savait s’y prendre avec les gamins.
          Les bénéfices de cours de judo pour un enfant? C’est plutôt axé défensif, ça apprend la vie de groupe, et c’est assez complet du point de vue sportif. Et dans les bagarres de gosses, c’est assez efficace sans être dangereux. 🙂 Et puis ça apprend des choses importantes, comme savoir tomber sans se faire mal, savoir se débloquer d’une immobilisation… Et puis ça défoule 😀

    • Curieux

      13 mai 2015 at 15:12

      Oui enfin on est pas obligé de ranger les gens dans des boites. d’ailleurs David Manise avait dit il y a pas longtemps ce qu’il en pensait puisque l’on parle de lui.
      Quel est l’intérêt de catégoriser : survivalistes, prepers, résilients… alors qu’on ne va pas trouver deux personnes pour être d’accord sur ce que recouvrent ces étiquettes..
      Entre avoir un stock de 10ans de bouffe et à peine assez pour ce soir et demain matin, il y a de la place pour un juste milieu, par exemple pour deux semaines ou un mois, avec des produits qu’on a l’habitude de consommer, bien utile en cas d’inondation ou même de gréve importante.
      Le BOB peut être utile ou pas, ou être fusionné avec le kit voiture. Je n’en ai pas mais si j’habitais en zone inondable j’en aurai un.
      Le kit voiture est comme l’EDC : à définir en fonction de sa vie, de ses besoins et de ses moyens…
      Tout est affaire de compromis. Et avoir un kit voiture ou enseigner le karaté à son enfant n’implique pas obligatoirement de manger de la m.. et de fumer comme un pompier non plus. Je dis ça je dis rien.
      Ce type d’enseignement est bien pour acquérir de la confiance en soi (souvent aussi synonyme de plus de calme et de maitrise de soi) comme cela a été dit, pour en remettre une couche sur la discipline et les règles de vie en société, pour avoir des expériences désagréables dans un cadre contrôlé… et surtout n’empêche absolument pas de vouloir apprendre autre chose à ses enfants au contraire.

  4. didier

    11 mai 2015 at 0:18

    C’est vrai qu’on nous demande souvent de réfléchir à des informations sécurité pour les enfants. D’bord, il y a plusieurs tranches d’âge. Ensuit, bien réfléchir avant de proposer. On a quelques idées dans nos valises. Entre autre:
    -séances info(parent, enfant)
    -séances pour ados

    …Et on reste réaliste en évitant les techniques de cascadeurs

  5. thierry

    27 mai 2015 at 11:02

    N’oublions pas que c’est à la société (càd nous) d’assurer la sécurité des enfants. Je suis effaré de voir comment l’école ne gère pas la violence et laisse des enfants complètements démunis ex: affaires de pédophilie étouffées, racket, harcèlement etc… La réponse à la violence doit-être avant tout collective, institutionnelle et non individuelle. En Belgique, nous avons eu le cas d’un jeune harcelé qui a du se faire justice lui-même car l’école ne l’a pas défendu. Résultat, l’agresseur se retrouve à l’hosto et le jeune viré de son école…
    Après ça, en tant que pratiquant d’AM je suis heureux de voir mon gamin s’épanouir au taekwondo. Et si un jour ça lui sert à en coller une à un petite crapule je vais pas le gronder…

  6. Pingback: Rencontre avec Ed Calderon, policier à Tijuana (Mexique) – PROTEGOR® sécurité personnelle, self défense & survie urbaine

  7. Jerome

    22 avril 2017 at 12:32

    Bonjour
    Un sujet qui me tient à coeur car nouvellement papa et vu l’évolution de la société je me pose dix mille question

    Même si il ne fait aucun doute que la plupart des arts martiaux classiques (judo, karaté etc…) ont des vertues incontestables pour nos enfants , ils ne sont selon moi que très peu utiles pour la self pure. un point essentiel à prendre en compte plus que les techniques est , comment faire comprendre les dangers de notre société actuelle et les bons comportements à nos jeunes enfants (évitement, fuite, appel au secours, peut-être armes improvisées si je devais retenir une série de techniques …) notamment vis à vis d’adultes malveillants. Et que faire en cas de racket ou de harcèlement scolaire ? Nous adultes, avec la meilleure volonté du monde, pouvons passer à côté de ça.
    Bien sûr, plus âgés, ils devront passer à d’autres notions, comme éviter d’accepter des verres d’inconnus, connaître la prédation de groupe savoir réagir en cas de menaces de viol etc…
    Peut-être qu’ici, nous parlerons techniques…mais seulement quelques unes… Ou alors je ferais une chose et une seule, la mettre un an à la boxe. Après tout, pas la peine qu’elle fasse les mêmes erreurs que son papa

    Et bien sûr, nos enfants vont vivre avec une nouvelle menace qui ne nous est pas familière à nous adultes … La menace terroriste

    Et la… L’ampleur de la tâche me donne le tourni
    Et surtout je me dit: comment ne pas nevroser mon enfant

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