Ca se discute spécial arts martiaux, 18 ans après, avec Richard Douieb & Franck Ropers

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Pour ceux qui étaient en âge de regarder la télévision en 1996, plus précisément le mardi 28 mai 1996, une émission a pas mal révolutionné les arts martiaux en France… il s’agissait d’un plateau de « Ca se discute », une des émissions phares du service public, présentée par Jean-Luc Delarue.

Extrait :

J’ai demandé à Richard Douieb & Franck Ropers de nous raconter un peu leur expérience sur le plateau et les conséquences que ça a eues pour la self-défense en France ensuite.

PROTEGOR : Comment, à l’époque, vous aviez appréhender, préparer cette émission ?

Richard Douieb : En fait je n’ai rien appréhendé, ni même préparé quoi que ce soit. Je croyais à tort et des années ensuite qu’une démonstration ne devait pas être travaillée.
Franck Ropers : En 1996 (date de l’émission), j’animais des cours de Penchak, une fois par semaine dans la salle de Charles Joussot à Paris. Ayant subi une opération du ménisque 15 jours avant l’émission, j’étais en pleine rééducation. En l’absence de Charles Joussot, une journaliste d’Antenne 2 à l’époque, a fait appel à des élèves confirmés de la salle afin de présenter le Penchak Silat sur le plateau et d’en effectuer une démonstration. Personne n’était motivé pour passer sur le grand écran ! Des élèves du club ont donc transmis à la journaliste mes coordonnées téléphoniques et cette dernière, après avoir rédigé « un papier », m’a ensuite convié sur le plateau ! J’ai pensé que la TV était le bon outil pour promouvoir le Penchak Silat, jusqu’alors très peu connu du grand public. Je me suis donc retrouvé sur le plateau de Monsieur Delarue, entouré de champions et d’experts, sans aucune préparation (ayant été contacté au pied levé) et avec un partenaire débutant pour la démonstration, choisi la veille. De toute façon, je n’avais rien à perdre… Moi, le petit prof !

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Franck Ropers (à gauche) – Photo avec l’amabilité de Karate-Bushido

PROTEGOR : Quel était, à l’époque, le message que vous vouliez faire passer ?
Franck Ropers : J’ai voulu principalement mettre en avant les valeurs martiales et les spécificités techniques de l’art que je pratique. C’est à dire les mêmes que les autres arts martiaux mais avec une dominante : l’aspect self défense !
Richard Douieb : Je voulais justement démontrer que dans la réalité tout était improvisé. En fait même si c’est le cas, pour un public je crois maintenant que tout doit être convenu à l’avance pour le plaisir des yeux du spectateur, même si au final l’ensemble ne sera jamais aussi net.

PROTEGOR : Qu’est-ce qui s’est bien / mal déroulé pendant l’émission ?
Richard Douieb : 4 ou 5 personnes dans le public n’ont pas cru à la défense contre menaces avec pistolet, et l’ont manifesté bruyamment. Aujourd’hui les armées, la police et les différents groupes d’intervention s’arrachent l’apprentissage de ces techniques. Malgré la volonté de Jean-Luc Delarue dans cette émission d’orienter la pensée des gens vers une image négative de notre discipline, le Krav-Maga a été particulièrement bien perçu par l’ensemble du plateau, malgré ces quatre ou cinq personnes qui se sont un peu agitée pendant l’épisode du pistolet.
Franck Ropers : Point négatif : L’orientation de l’émission. En effet, nous n’avons pu s’exprimer totalement sur ce certains sujets. Cela restait superficiel avec l’idée générale de confronter de façon caricaturale les arts martiaux traditionnels avec le milieu Ultimate Fighting, les sports de combat pieds-poings et les sports de combat de compétition ! Il s’agissait plus d’une joute verbale où chacun d’entre nous se positionnait sur des sujets tels que sa « conception de la self défense » ou notre réflexion sur les « combats en cage ». Pour l’anecdote, je me rappelle lors de la démonstration, que Jean Luc Delarue avait insisté pour que je dise qu’en tant que portier j’avais frappé durement sur des clients !
Point positif : La démonstration a été jugée dynamique et percutante ! C’était le but. Ensuite après l’émission, j’ai fait la connaissance de champions de karaté sympa comme Christophe Pinna et d’experts comme Richard Douïeb. Depuis nous sommes restés en contact, et c’est toujours un plaisir de se rencontrer. Donc bilan global de l’émission plutôt positif.

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Richard Douieb (à gauche) lors de son stage d’hiver

PROTEGOR : Quel a été l’impact de cette émission ensuite pour vos disciplines ?
Franck Ropers : Suite à cette émission, le Penchak Silat s’est fait connaitre auprès du grand public. M.Joussot a vu son effectif d’élèves augmenter.
Richard Douieb : Le Krav-Maga a connu sa première véritable « explosion » après ce passage TV.

PROTEGOR : Si c’était à refaire aujourd’hui, que feriez-vous différemment ?
Richard Douieb : Je préparerais une vrai démonstration agréable à regarder, mais sans tricher sur le contenu.
Franck Ropers : Je reconduirais cette expérience sans aucune hésitation, mais avec plus de maturité et de professionnalisme : je me renseignerais sur l’objet exact de l’émission. À l’époque, j’ai souhaité modestement promouvoir le Penchak Silat, la TV est un outil formidable pour cela… si on ne se loupe pas !

Merci à tous les deux 🙂

Qui serait intéressé par un rediffusion de l’intégralité de cette émission à la TV ?



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Commentaire

  1. Bob Morane

    23 janvier 2015 at 10:09

    Je me rappelle bien de cette émission, et des huées pendant la démo de Richard Douieb… le fait de quelques crétins experts en films hongkongais 🙂

    Ce qui m’avait le plus marqué était l’intervention pleine de bon sens et de sagesse de Roland Habersetzer, à mon sens le dernier vrai « maître » de Karaté en France depuis la mort d’Henry Plée, qui avait bien pris à parti une championne de judo (qui, 3e DAN, ignorait ce qu’était le kiai…) pour son esprit de compétition bien pourri.
    Habertsetzer a d’ailleurs depuis développé son propre style (« Tengu »), mixant techniques à mains nues et armes a feu.

  2. chap

    24 janvier 2015 at 17:32

    Je ne suis pas convaincu non plus par les défenses contre pistolet telle que montrée dans le film : Quel intérêt pour l’agresseur de pointer son arme contre le front de l’agressé ?

    • Humbert

      3 février 2015 at 19:50

      « Quel intérêt pour l’agresseur de pointer son arme contre le front de l’agressé ? »
      Aucun (sauf peut-être impressionner une victime sensible?), mais dans la mesure où il a des agresseurs assez sot pour le faire, il serait dommage de ne pas en profiter :D.
      L’autre objectif est peut-être de montrer qu’un adversaire armé d’une arme à feu n’est pas omnipotent. Et qu’il faut être prêt à saisir la moindre opportunité. :).

  3. Dan

    25 janvier 2015 at 18:03

    Salut Guillaume,
    je me souviens très bien de cette émission…comme beaucoup de personnes je pense.
    C’était tout de même une des toutes première fois où une émission consacrait autant de temps à diverses disciplines.
    J’avais aussi apprécié la lucidité de Franck Ropers à ne pas tomber dans les questions insidieuses de Jean Luc Delarue ainsi que l’explication calme de Richard Douieb quand à la difficulté de comprendre sa discipline et son honnêteté à reconnaître qu’un combat de rue pouvait être bien plus brouillon que ça.
    Quand au fond de l’émission…la télé reste toujours (en tout cas très souvent) un médial superficiel de divertissement et il n’aurait pas été possible le laisser chacun s’exprimer le temps qu’il le désirait.
    Salutations
    Dan

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