Dernier rapport de l’ONDRP sur la « victimation », et équilibre Sentiment/Faits dans l’insécurité

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Bonne nouvelle (*), il parait que la perception de la population française en « victimation » (néologisme à la mode qui définit le fait de subir une atteinte physique ou psychique) serait légèrement en baisse, selon le tout dernier rapport annuel de l’ONDRP (Observatoire National de la Délinquance et des Réponses Pénales), publié le 9/12/2014. Enfin, plus précisément (et dans les généralités issues de chiffres, le poids des mots est important) : « En 2014, la fréquence du sentiment d’insécurité n’augmente plus. »

Vous avez bien lu, il s’agit de la « perception », de « sentiment », c’est à dire du ressenti de la population sur un échantillon représentatif (de 15000 personnes… largement suffisant pour avoir des statistiques mathématiquement fiables si la méthode employées a été correcte).

(*) Je ne sais pas si c’est une bonne nouvelle en fait. Je ne sais pas non plus ce que ça veut dire. Peut-être rien. C’est une bonne nouvelle si les gens se sentent plus en sécurité et que les cas d’insécurité sont en effet en baisse. Mais c’est une mauvaise nouvelle si la population se sent plus en sécurité alors qu’à l’inverse, le nombre de cas d’insécurité est en hausse. D’ailleurs, ce serait un indicateur de « sécurité personnelle » intéressant à suivre : « la perception de sécurité » / « les cas d’insécurité déclarés ».

Je me suis amusé à faire l’exercice sur la base des différents chiffres fournis par l’INSEE & l’ONDRP à propos de cette étude.
En prenant l’ensemble de la population homme/femme adulte, sur les 8 dernières enquêtes couvrant les années 2006 à 2013, j’ai regardé les ratios suivants :
S – Parmi les personnes de 14 ans et plus déclarant avoir un Sentiment d’insécurité dans leur quartier ou leur village, la proportion de personnes disant que cela leur arrive « Souvent » ou « De temps en temps » (j’ai exclus les « Rarement » que je considère plus comme un « non ») – EN ORANGE
F – La proportion de personnes de 14 ans et plus s’étant déclarées victimes sur un an pour des Faits de violences physiques ou menaces hors ménage (je me suis concentré sur les violences en excluant les vols) – EN POURPRE

Ca donne :

PROTEGOR-ONDRP-2014

Première analyse :
– Le sentiment d’insécurité (dans son quartier/village) a un peu baissé en 2013, mais reste au dessus du taux des années 2006 à 2010.
– Les déclarations de violences physiques (et menaces) sont en hausse sur les 3 dernières années mais restent inférieures à 2006-2009
Seconde analyse :
– Le sentiment d’insécurité reste relativement haut
– Soit les violences ré-augmentent un peu (après avoir baissées de 2008 à 2011), soit les victimes les déclarent plus

Puis je me suis amusé à suivre l’évolution du ratio S/F, c’est à dire le rapport entre le sentiment d’insécurité et les faits déclarés d’insécurité.
Ca donne :

PROTEGOR-ONDRP-2014-ratioSe

Lectures :
– Entre 2007 et 2012, le sentiment d’insécurité a progressé plus vite que la réalité des faits d’insécurité
– L’an passé, le sentiment d’insécurité s’est légèrement réduit par rapport aux faits d’insécurité

Lien avec PROTEGOR :
– Plus le ratio S/F grandit, plus le sentiment d’insécurité s’écarte de la réalité du terrain… c’est une tendance quasi-paranoïaque qui s’installe
– A l’inverse, plus le ratio S/F s’amenuise, plus le sentiment d’insécurité se rapproche de la réalité des faits, ce qui peut induire une certaine inconscience par rapport à la réalité
– La sécurité personnelle, le « protegor ergo sum« , se situe au bon équilibre entre les deux

Bon et sinon, quand on prend les innombrables articles de presse qui ont suivi ce rapport, on peut voir un florilège de messages divers et variés sur ces nombreux chiffres. Extraits :
– « L’enquête 2014 montre d’ailleurs, une fois de plus, que les 7,2 millions d’atteintes aux biens (vols, cambriolages, etc.) déclarées par les Français sont deux à trois fois supérieures aux chiffres officiels, car seuls quelque 40% des victimes de vols, par exemple, déposent plainte. » cf. ActuOrange
– « Seules ombres au tableau, une « hausse significative » des vols et tentatives avec violence ou menaces : 360.000 Français disent l’avoir vécu contre 270.000 en 2012. Principales cibles des malfaiteurs, selon ce qu’ils ont déclaré aux sondeurs : les femmes de moins de 30 ans victimes de vols violents, « à l’arraché », pour leurs téléphones portables ou leurs sacs à main. » Cf. ActuOrange
figaro-ondrp
– « Le sentiment d’insécurité des Français, lui, progresse, notamment chez les femmes, qui sont plus fréquemment soumises à des violences. » Cf. Les Echos
– « Le sentiment d’insécurité au domicile est lui aussi en forte hausse sur deux ans. » Cf. Les Echos
– « Le nombre d’homicides, lui, n’a jamais été aussi bas en France. »  Cf. Les Echos

Bonnes lectures

 

5 Comments

  1. Galaad

    12 décembre 2014 at 16:54

    Salut Guillaume,

    D’abord, j’approuve totalement ta démarche. Pour une fois que sur un blog on essaye de s’appuyer sur des études sérieuses pour rationaliser un sujet de sécurité, ça mérite d’être souligné. Mais j’émets quand même quelques réserves sur ta lecture et ton exercice. Ta méthode n’est pas rigoureuse.

    • Galaad

      12 décembre 2014 at 17:10

      (My bad pour le double commentaire)

      Par pas rigoureuse j’entends que ta méthode n’est pas très « académique » (mais je ne pense pas que tu sois statisticien donc c’est normal de commettre ce genre d’erreurs)

      Déjà tes variables.

      S ==> Ce sont des données cardinales non-continues. En excluant les « rarements » tu émets une hypothèse peu robuste. Pourquoi Rarement serait égal à 0? Tu tronque arbitrairement une partie des données.

      Ensuite sur ta lecture.

      « – Le sentiment d’insécurité reste relativement haut ». La aussi tu donnes une analyse étrange. « Haut » n’étant pas quantifié. A minima il faudrait donner un élément de comparaison (par rapport à un autre pays par exemple) mais il faudra aussi indiquer comme limite à cette déduction qu’il faudrait encore identifier la causalité de cette différence.

      Enfin, quand tu compares les résultats, « plus élevé par rapport à l’année X », il faut préciser qu’il s’agit de point de pourcentage. Par exemple dire en 2006 11 % de la population éprouvait un sentiment d’insécurité contre 10% en 2007, c’est une variation d’un point de pourcentage. Il faudrait préciser le volume. Plus loin encore, est-ce que ces variations sont statistiquement significatives? Les méthodes statistiques proposent des test (P-Value, R², etc) pour tester la robustesse d’une hypothèse (ici la variation).

      Bref il y a quelques lacunes « techniques ». Mais bravo pour l’effort.

      Sinon le rapport annuel à plus vocation à demander plus de ressources (données, notamment des cartographie, système d’information (donc les SIG pour le coté géographique), méthodes et outils statistiques) pour pouvoir non seulement proposer plus de résultats mais surtout pouvoir en tirer des conclusions rigoureuses et peut-être extraire des conclusions et trouver des corrélations et/ou des causalités. D’ailleurs le rapport le précise très bien dans son intro et sa conclusion/recommandation.

      Mes 2 centimes sur la question des stats.

  2. chris

    12 décembre 2014 at 17:19

    Bsr,
    Moi je remarque que ça tombe « politiquement bien » pour le « chat noir de Tulle » surfant sur la vague de la libération du dernier otage.
    @+

    • Galaad

      12 décembre 2014 at 17:45

      C’est dommage de poster des remarques aussi simplistes.

      1) Le rapport est réalisé en partie avec les ressources humaines de l’INSEE, suffisamment objectif par rapport aux questions politiques et suffisamment rigoureux au niveau des méthodes d’enquêtes et de traitement des données.

      2) Le rapport n’a pas vocation à donner d’explication à ces variations. Il n’y a pas de démonstration de corrélation et encore moins de causalité entre la politique en matière de sécurité et les résultats obtenus dans le rapport.

      Bref à part lancer des débats inutiles sur des sujets politiques foireux, ta remarque sert à rien et ne sert pas le propos de Guillaume. Qui pour rappel voulait parler du « protegor ergo sum » et qu’il fallait savoir prendre du recul sur des faits divers et des analyses de café du commerce pour prendre des décisions plus objectives sur sa stratégie de défense personnelle.

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